Dakar , 08 Mai (SL-INFO) – Les chiffres sont sans appel et dressent le portrait d’un secteur largement marqué par la précarité. Une étude présentée par le Centre de Recherche et d’Action sur les Droits Économiques Sociaux et Culturels (CRADESC) lors de l’atelier MOCODOM met en lumière les conditions alarmantes dans lesquelles évoluent les travailleurs domestiques au Sénégal. Entre l’absence de contrats, les faibles rémunérations, les violences basées sur le genre et le manque de protection sociale, le rapport révèle une réalité sociale extrêmement fragile. L’enquête a été menée dans plusieurs zones allant des quartiers précaires aux secteurs résidentiels en combinant des approches quantitatives et qualitatives. Des forums communautaires ainsi que des consultations avec des organisations de la société civile et des institutions internationales ont permis de recueillir des données variées.
Selon les résultats de l’étude, près de 57 % des travailleurs domestiques interrogés ont entre 15 et 25 ans, ce qui confirme une forte présence des jeunes dans ce secteur. Plus préoccupant encore, plus de 21 % des personnes interrogées ont entre 12 et 15 ans, malgré l’existence d’un cadre légal interdisant le travail des mineurs. L’étude révèle également que 67,5 % des travailleurs domestiques ont été scolarisés, un constat qui remet en cause certaines idées reçues. Le rapport souligne d’ailleurs que ces travailleurs ne sont pas sans instruction mais qu’ils manquent surtout d’opportunités.
Le CRADESC expose les limites du cadre juridique sénégalais, notamment le Code du travail datant de 1978, jugé insuffisant face aux réalités actuelles. Parmi les chiffres les plus marquants, 98,5 % des travailleurs domestiques ne disposent d’aucun contrat de travail. Par ailleurs, 94 % ignorent leurs droits en tant que travailleurs et la quasi-totalité n’est pas déclarée à l’inspection du travail. Sans contrat, la travailleuse est soumise au libre arbitre de l’employeur, ce qui favorise les abus, les licenciements arbitraires et le non-paiement de salaires.
Le document évoque également des conditions de travail particulièrement pénibles. Plus de 56 % des employés effectuent des journées dépassant huit heures de travail, atteignant parfois jusqu’à 70 heures par semaine alors que la législation prévoit une durée hebdomadaire de 40 heures. Les travailleurs résidents, qui représentent 37,5 % des sondés, figurent parmi les plus vulnérables. Logés chez leurs employeurs, ils sont souvent exposés à des atteintes à la dignité humaine. Une travailleuse témoigne ainsi dormir par terre, dans un coin de la maison, sans matelas ni confort de base.
Le CRADESC révèle également une forte sous-rémunération. Plus de 51 % des travailleurs perçoivent un salaire inférieur au minimum légal fixé à environ 58 900 FCFA. Certains employeurs justifient cette situation par leurs propres contraintes financières en arguant que la nourriture fournie compense la faiblesse du salaire. En conséquence, près de 90 % des travailleurs domestiques ne bénéficient d’aucune couverture sociale, ni assurance maladie, ni retraite, bien que ces droits soient prévus par la loi depuis 1961.
L’un des constats les plus effroyables concerne les violences basées sur le genre. Selon l’étude, 98,9 % des travailleurs domestiques interrogés déclarent avoir subi une forme de violence. Face à ces agressions, 45 % des victimes préfèrent se confier à des proches tandis que seulement 9 % consultent un conseiller juridique. Le manque de mécanismes de dénonciation favorise ainsi le silence. Face à cette situation, le CRADESC appelle à une réforme urgente du cadre légal pour une meilleure protection et une application effective des lois existantes.
