Dakar, 02 juin (SL-INFO) – Le gouvernement mozambicain a indiqué que cinq de ses ressortissants avaient été tués ces derniers jours lors de violences xénophobes en Afrique du Sud, premier gouvernement étranger à faire état de décès liés à la vague de manifestations et d’actions coup de poings antimigrants.
La police sud-africaine a pour sa part évoqué mardi un bilan de deux morts sans faire de lien avec les tensions antimigrants.
Environ 800 Mozambicains ont été pris à partie dans des violences ayant éclaté vendredi dans la ville portuaire de Mossel Bay (sud), selon un communiqué diffusé lundi soir, qui précise que « sept Mozambicains sont morts, dont cinq des conséquences directes des agressions xénophobes et deux des suites d’un accident de la route alors qu’ils regagnaient le Mozambique en voiture ».
« Il n’est pas vrai que cinq personnes ont été tuées », a déclaré la porte-parole de la police de la province du Cap-Occidental (sud), Novela Potelwa. « Deux Mozambicains ont perdu la vie dans le bidonville d’Asla Park, en périphérie de la ville, vendredi soir, l’un âgé de 27 ans et l’autre de 43 ans », a-t-elle précisé.
Economie la plus industrialisée du continent, l’Afrique du Sud attire depuis longtemps de nombreux travailleurs africains, en situation régulière ou non, malgré un chômage très élevé et la pauvreté. Le ressentiment est vif envers les immigrés africains détenteurs d’un emploi qui font office de boucs-émissaires, selon des analystes.
Depuis plusieurs mois, des manifestations xénophobes ont eu lieu dans plusieurs régions du pays, des partis alimentant la rhétorique antimigrants, perçue comme un argument de campagne efficace pour gagner des sièges lors des élections locales de début novembre.
Le pays compte environ trois millions d’immigrés en situation régulière (5,1% de la population), selon les statistiques officielles. Près de deux-tiers sont issus de pays d’Afrique australe en crise économique (Zimbabwe, Malawi…) ou de la République démocratique du Congo (RDC).
Certains viennent aussi d’Afrique de l’ouest et la semaine dernière, le Ghana a ainsi affrété un premier vol de rapatriement pour quelque 300 de ses ressortissants évacués d’Afrique du Sud en raison des tensions.
Les dernières violences ont poussé 300 Mozambicains à rentrer par leurs propres moyens samedi, selon les autorités de Maputo. « Les plus de 500 restants ont trouvé refuge depuis en lieu sûr dans la province du Cap occidental, et leur rapatriement a déjà débuté ».
La police sud-africaine avait indiqué dimanche enquêter sur le décès de deux hommes dans un bidonville de Mossel Bay, ville situé à environ 400 kilomètres à l’est du Cap, où des violences xénophobes avaient été rapportées. La police sud-africaine n’avait cependant pas fait le lien entre ces violences et ces morts ni clarifier la nationalité des deux victimes.
Le maire Dirk Kotze avait en revanche exprimé « sa vive inquiétude et sa consternation face aux violences xénophobes qui ont conduit aux meurtres de personnes, à des maisons incendiées et des familles déplacées ».
– Ultimatum –
Le mouvement antimigrants March and March dont les sympathisants arborent des T-shirt aux couleurs sud-africaines a lancé un ultimatum exigeant l’expulsion des migrants en situation irrégulière d’ici au 30 juin. Cette initiative n’a aucun soutien officiel et a été critiquée par les autorités.
Le gouvernement mozambicain a souligné que la situation était volatile et risque de s’aggraver à l’approche du 30 juin. Maputo oeuvre pour soutenir ses ressortissants encore présents en Afrique du Sud.
L’Afrique du Sud a connu plusieurs vagues de violences xénophobes au cours des deux dernières décennies.
En 2008, 62 personnes, dont 21 Sud-Africains, ont été tuées lors d’émeutes antimigrants et des milliers ont été déplacées. De nouvelles flambées de violences ont suivi en 2015 et 2016. En 2019, des groupes armés ont ciblé des commerces appartenant à des étrangers autour de Johannesburg, faisant au moins 12 morts, dont 10 Sud-Africains.
