Dakar, 10 juil (SL-INFO) – ’institut Cervantes de Dakar a abrité, hier, la projection de « Penc Mi (Espace public) » de l’artiste Juan Carlos Robles. Une exposition qui invite le public à réfléchir à la transmission des savoirs, de la mémoire et de la décolonisation des images. Inspiré du « penc », la place publique traditionnelle wolof dédiée au dialogue et à la prise de décision collective, le projet transforme l’espace d’exposition en un lieu d’échanges entre artistes, chercheurs, étudiants et acteurs culturels autour des enjeux de la culture en Afrique.
En s’appuyant sur cette référence culturelle forte, Juan Carlos Robles fait du « penc » une métaphore contemporaine de la participation citoyenne. L’exposition investit aussi bien les salles que les jardins de l’institut Cervantes pour créer une agora ouverte où se croisent artistes, chercheurs, étudiants, gestionnaires culturels et citoyens autour des enjeux de la mémoire, de la création et de la souveraineté culturelle.
Au cœur du projet figure une œuvre audiovisuelle réalisée au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose de Dakar. L’installation documente une expérience performative originale : les fauteuils du public ont été déplacés du parterre vers le centre de la scène afin de former un cercle de discussion.
Dans cet espace symbolique, plusieurs acteurs du monde culturel sénégalais ont échangé, sans scénario préétabli, sur les défis de la gestion culturelle en Afrique et sur la nécessité de décoloniser les représentations artistiques.
Parmi les intervenants figuraient Aboubekr Thiam, directeur général de l’Agence nationale des arts et de la culture (ANAMC) et directeur de l’École nationale des arts (ENA), la professeure d’arts plastiques Maimouna Diop, le spécialiste des technologies numériques Malick Faye Diagne ainsi que Fatou Sène et Beatriz, dont les contributions ont enrichi les échanges par des regards complémentaires.
Au cours des débats, Aboubekr Thiam a rappelé que, dans la tradition africaine, la transmission des compétences repose d’abord sur le cercle familial, véritable premier espace d’apprentissage. Selon lui, cette logique de transmission collective constitue un fondement essentiel des sociétés africaines.
«Si l’on prend l’exemple d’un jeune enfant, celui-ci acquiert progressivement des compétences grâce à la transmission qui s’opère au sein de son environnement familial. Ce transfert de compétences se fait donc dans le cercle familial. Vous remarquez que la notion de cercle revient constamment», a-t-il expliqué.
Il a également insisté sur le rôle que peuvent jouer les musées dans la circulation des connaissances et dans la valorisation des patrimoines africains.
À travers la projection de « Penc Mi (Espace public) », Juan Carlos Robles propose ainsi bien plus qu’une exposition : une expérience collective où l’art devient un espace de débat, de mémoire et de construction d’un avenir partagé.
En réactivant la tradition du « penc » dans un contexte contemporain, le projet invite chacun à repenser les rapports entre culture, patrimoine, transmission et citoyenneté, dans une perspective résolument décoloniale.
