Dakar, 22 juil (SL-INFO) – Combien coûte réellement la démocratie sur le continent africain ? Et surtout, pour quels résultats concrets ? Tous les cinq ou sept ans, les États et les bailleurs de fonds internationaux déboursent des dizaines de milliards de francs CFA pour organiser des scrutins présidentiels, législatifs ou locaux. Ces coûts, souvent considérables, suscitent de vives controverses, en particulier lorsqu’ils grèvent les budgets de développement.

​Les exemples ne manquent pas à travers le continent. Au Mali, la présidentielle et les législatives de 2018 ont coûté près de 50 milliards de francs CFA pour reconduire un président en exercice depuis cinq ans. Trois ans plus tard, celui-ci était renversé par un coup d’État, donnant le sentiment que cette somme colossale était partie en fumée, les institutions issues de ce scrutin ayant été balayées par les crises de gouvernance. Au Cameroun, la présidentielle de 2018 a mobilisé 54 milliards de FCFA pour reconduire un chef d’État au pouvoir depuis plus de trente-cinq ans, avec une Assemblée nationale à la composition quasi inchangée.

​En République démocratique du Congo, les élections combinées de 2018 ont coûté environ 600 millions de dollars, soit près de 350 milliards de FCFA. Selon les calculs de l’ancien Premier ministre congolais Matata Ponyo Mapon, cette somme aurait permis de construire 400 kilomètres de routes dans un pays largement enclavé, deux parcs agro-industriels, d’acquérir cinq avions Airbus A319 et 4 000 bus neufs, ou encore de bâtir plus de 4 000 écoles. Après ce scrutin, il aura fallu plus de deux ans de crise politique et de tractations avant que le président élu, Félix Tshisekedi, ne puisse véritablement exercer le pouvoir.

​Au Sénégal, l’élection présidentielle de 2024 a coûté 14 milliards de francs CFA aux finances publiques. Une alternance présentée comme porteuse de rupture qui, deux ans plus tard, s’apparente davantage à une continuité qu’à une véritable transformation. En 2025, la Côte d’Ivoire a dépensé un peu plus de 82 millions d’euros, soit 54 milliards de francs CFA, pour reconduire à la tête de l’État un président en exercice depuis 15 ans.

Entre illusions électorales et urgence de développement

​Un constat traverse l’ensemble de ces scrutins : le taux d’alternance y dépasse rarement 10 %. Dans la plupart des cas, les tenants du pouvoir conservent leurs positions. Une réalité qui interroge sur le sens même de ces dépenses : à quoi bon engager des dizaines de milliards de FCFA dans des élections dont l’issue semble jouée d’avance, et qui, de surcroît, divisent les populations et débouchent trop souvent sur des violences ?

​Cette situation ravive le débat de fond entre démocratie formelle et développement économique. Face à ces échecs répétés, une question s’impose : le modèle démocratique importé au tournant des années 1990 était-il adapté ? Le continent n’a-t-il pas plutôt besoin d’une doctrine axée avant tout sur l’efficacité économique et la réponse aux besoins essentiels ? Il devient urgent de repenser, à l’aune des réalités africaines, un modèle de gouvernance plus proche des peuples. On peut en effet s’interroger sur la pertinence d’imposer aux populations rurale et au plus grand nombre un système institutionnel complexe, peu traduit dans les langues locales et dont les contours leur échappent.

​Les indicateurs sociaux et économiques parlent d’eux-mêmes : la pauvreté persiste, la jeunesse se désenchante et les crises sécuritaires s’intensifient. La situation économique s’est détériorée dans une grande partie du continent subsaharien, qui a pourtant financé à grands frais une démocratie électorale sans qu’elle n’ait apporté, jusqu’ici, les solutions de développement escomptées.

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