Dakar, 22 juil (SL-INFO) – ​L’analyse de la dette publique sénégalaise ne saurait se limiter à des querelles politiques ; elle repose avant tout sur des arbitrages techniques et des indicateurs macroéconomiques précis. C’est le terrain d’affrontement choisi par la Cellule Analyses et Prospective de l’Alliance Pour la République (APR) — la formation politique de l’ancien président Macky Sall (2012–2024), accusé par le régime actuel d’avoir dissimulé l’ampleur de l’endettement public. À travers une décortication rigoureuse du Bulletin statistique publié le 14 juillet 2026, les experts financiers du parti dénoncent des biais méthodologiques majeurs, à commencer par le refus de prendre en compte la révision du Produit Intérieur Brut (PIB) opérée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD).

​Selon la note de l’APR, le Ministère des Finances persiste à évaluer le fardeau de la dette sur la base obsolète de 2014, ignorant délibérément le rebasage scientifique validé par l’ANSD. Cette réévaluation comptable change pourtant la donne financière du pays. « Selon l’ANSD, le PIB de 2021 est désormais estimé à 17 316 milliards FCFA, contre 15 261 milliards FCFA selon l’ancienne base de calcul de 2014, soit une augmentation de 2 054,7 milliards FCFA », rappellent les analystes. Cette revalorisation de 13,5 % du PIB produit un effet mécanique immédiat sur les Ratios d’endettement : « Cette revalorisation […] a mécaniquement pour effet de réduire le ratio d’endettement qui passe de 90,8 % du PIB à 80,0 % pour la même année ». Pour l’APR, ignorer cet ajustement fausse l’évaluation réelle de la soutenabilité financière du Sénégal.

​Outre cette distorsion de calcul, l’étude met en lumière la dégradation mesurable des conditions d’emprunt de l’État sur le marché financier. L’éviction des marchés obligataires internationaux au profit du marché régional s’est traduite par un renchérissement critique des coûts financiers et un raccourcissement des maturités. « En 2024, la maturité moyenne de la dette domestique n’est plus que de 3,6 ans, contre 8,7 ans pour la dette extérieure. De même, le taux d’intérêt effectif moyen atteint 5,3 % sur la dette domestique, contre 3,4 % sur la dette extérieure », détaille le document. Cette sur-représentation du court terme soumet la trésorerie de l’État à un risque de refinancement permanent et à un effet d’éviction budgétaire dramatique.

​En décortiquant les chiffres officiels, l’APR soutient que la hausse affichée de la dette ne relève pas d’un « maquillage » passé, mais d’un élargissement du périmètre comptable combiné à une gestion financière plus coûteuse depuis fin 2024. Le parti d’opposition conclut que seul l’accès aux données de 2025 et 2026 permettra d’évaluer le coût réel pour le contribuable de ce changement de stratégie d’endettement.

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