Dakar, 6 août (SL-INFO) – Une suspicion d’empoisonnement, une intoxication alimentaire, la présence de métaux lourds dans l’organisme, une exposition à des pesticides ou encore la détection de drogues de synthèse et de substances dopantes : autant de situations pour lesquelles les capacités d’analyse étaient jusque-là limitées au Sénégal. Avec son nouveau Laboratoire de toxicologie et de pharmacologie clinique, installé au Centre national antipoison, le pays franchit un cap dans le renforcement de sa souveraineté sanitaire et scientifique.
Inauguré ce mercredi 5 août par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, le laboratoire est doté d’équipements scientifiques de dernière génération capables d’identifier et de quantifier un large éventail de substances, notamment les drogues de synthèse, les stéroïdes, les pesticides, les polluants environnementaux ainsi que les métaux lourds tels que le plomb, l’arsenic, le mercure, le cadmium et l’aluminium. Cette nouvelle plateforme renforcera le diagnostic des intoxications tout en mettant son expertise au service de la justice, de la lutte contre le dopage, de la pharmacovigilance et de la surveillance des risques sanitaires.
« Face à l’urgence toxicologique, la rapidité et la précision du diagnostic constituent le premier rempart pour sauver des vies », a insiste le Dr Ibrahima Sy.
Quand la toxicologie entre davantage au service de la justice
L’intérêt du laboratoire dépasse toutefois les murs des hôpitaux.
L’une de ses dimensions les plus importantes concerne l’expertise médico-légale. Les analyses toxicologiques pourront servir à établir scientifiquement la présence et la nature de substances toxiques dans certaines affaires judiciaires.
Pour le ministre, cette nouvelle capacité doit permettre de fournir aux autorités judiciaires des « preuves scientifiques incontestables » répondant aux normes de qualité requises.
Le dispositif pourra également être mobilisé pour le contrôle de l’alcool et des drogues, tandis que ses équipements ouvrent des perspectives dans la détection de substances interdites dans le sport et la lutte contre le dopage.
Du plomb au mercure : traquer des substances invisibles
Le nouveau laboratoire dispose notamment d’équipements capables de mesurer à haute précision la présence de métaux lourds.
Plomb, mercure, arsenic ou cadmium peuvent ainsi être recherchés et quantifiés, en complément des pesticides et d’autres contaminants environnementaux.
Une capacité qui donne également au Centre national antipoison de nouveaux moyens pour documenter les expositions professionnelles aux produits chimiques et contribuer à la surveillance des risques liés à l’environnement et à l’alimentation.
Le directeur du Centre national antipoison, Mamadou Fall, résume l’ambition : faire de la structure un véritable « centre d’expertise en conseil, prévention et prise en charge des intoxications ».
Le contrôle des médicaments prend la route
Cette montée en puissance ne se limite pas au laboratoire fixe.
Deux véhicules spécialisés d’une valeur cumulée de près d’un milliard de francs CFA ont également été remis aux services concernés.
Le premier, un camion-laboratoire de plus de 624 millions de FCFA, est destiné à l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP). Il permettra de rapprocher le contrôle de la qualité des médicaments des populations, notamment dans les zones éloignées, et de détecter plus rapidement les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés.
Le second, un camion-atelier de maintenance biomédicale de plus de 340 millions de FCFA, doit permettre aux techniciens d’intervenir directement dans les structures sanitaires afin de réduire la durée d’immobilisation des équipements médicaux en panne.
L’ambition d’un pôle de référence
Ces investissements sont issus du partenariat noué autour du projet de réponse à la Covid-19, avec l’appui notamment de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pour le représentant de l’OMS, l’enjeu dépasse l’acquisition d’appareils : « Nous posons ensemble une pierre de plus à l’édifice de la sécurité sanitaire et de la souveraineté scientifique du Sénégal. »
L’ambition affichée est désormais de faire certifier le laboratoire et de l’installer progressivement comme un centre de référence capable de produire des résultats fiables pour la médecine, la justice, la recherche et la décision publique.
Après la riposte aux urgences sanitaires, le Sénégal cherche ainsi à transformer les investissements réalisés ces dernières années en capacités permanentes. Avec ce laboratoire, la toxicologie devient un nouvel outil de cette quête de souveraineté sanitaire : détecter ce qui ne se voit pas, mesurer ce qui menace et apporter la preuve scientifique là où parfois le doute persistait.
