Dakar, 20 août (SL-INFO) – Le terrible éboulement survenu mardi 18 août 2026 sur un site d’exploitation aurifère à Zamboï, à la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun, se compte en dizaines de morts, selon un bilan provisoire. Plusieurs dizaines de personnes sont également portées disparues et pourraient être ensevelies sous les décombres. Alors que les recherches se poursuivent, les partis d’opposition centrafricains et camerounais mettent en cause les conditions d’exploitation des mines d’or dans leurs pays respectifs.

En République centrafricaine, le procureur de Baboua annonce l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances du drame et établir les responsabilités. Une mission gouvernementale conduite par le ministre des Mines Rufin Benam-Beltoungou s’est également rendue sur place mercredi 19 août pour évaluer la situation et prendre les mesures nécessaires, rapporte notre correspondant à Bangui, Rolf Steve Domia-Leu.
 
Mais alors que les accidents de ce genre ne sont pas rares, c’est au gouvernement de prendre des mesures fortes pour mieux encadrer l’exploitation des sols, estime Martin Ziguele, président du Mouvement pour la libération du peuple centrafricain (MLPC), qui demande l’ouverture d’une enquête parlementaire. « Je ne sais pas comment on peut, dans un pays qui se dit de droit, laisser des centaines de personnes s’amasser sur des terres qui peuvent connaître des éboulements avec ces conséquences-là. Il n’y a pas seulement le drame de Zamboï, mais il y a eu déjà d’autres drames dans plusieurs régions où il y a eu des éboulements et il y a eu beaucoup de pertes en vies humaines. Ce qui est récurrent cache donc un problème de prise en main des conditions d’exploitation de l’or, qui constituent désormais des sources de décès en masse. »
 
De son côté, le gouvernement camerounais a confirmé la mort d’au moins quatre de ses ressortissants dans l’accident et fait état d’autres blessés, tout en assurant un suivi de la situation de part et d’autre de la frontière. Le ministère camerounais des Mines a déclaré mercredi soir que des mesures avaient été prises afin de mieux maîtriser les acteurs, les sites d’exploitation, la production et les obligations fiscales et environnementales.
 
La lutte contre l’exploitation illégale des minerais doit devenir une priorité au Cameroun, estime Roger Justin Noah, secrétaire général du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. « Nous dénonçons la gabegie actuelle dans la gestion de l’exploitation de l’or dans notre pays. C’est une mafia terrible et c’est le peuple qui en pâtit. Au jour d’aujourd’hui, les conséquences financières sont énormes. On parle de plus de 4 000 milliards de francs CFA. Et je voudrais vous rappeler qu’un milliard de francs CFA seulement, ça fait 20 centres de santé dans notre pays. »
 
Les recherches se poursuivent à Zamboï
Les images de l’éboulement sont impressionnantes. Un pan de la façade de la mine se détache et, en un instant, une coulée de terre balaye des dizaines de personnes qui se trouvaient à proximité. Près de 500 personnes travaillaient sur ce site minier à ciel ouvert, réputé comme particulièrement dangereux, selon les habitants. Le drame est survenu dans l’après-midi, après une forte pluie. Parmi les victimes, de nombreux jeunes.
 
Depuis, les jeunes de la localité se sont mobilisés pour secourir les victimes et rechercher les corps ensevelis. Les opérations se poursuivent dans des conditions difficiles, certains corps étant difficilement identifiables, selon un habitant. « La population s’est débrouillée seule. Il n’y a pas de service de secours professionnel. Les jeunes ont creusé avec des moyens rudimentaires pour rechercher les corps : avec des pelles, des houes et même à mains nues. Il y a encore beaucoup de corps ensevelis. Nous sommes complètement dépassés, le gouvernement doit réagir. »
 
Plusieurs blessés ont été évacués vers l’hôpital de Baboua, situé à une soixantaine de kilomètres du site. À Zamboï, c’est « le deuil général », selon une habitante. Certaines familles restent toujours sans nouvelles de leurs proches. À Garoua-Boulaï, côté camerounais, Gouessa Gatien, membre de la société civile, décrit la même inquiétude : « Certaines familles n’ont pas pu retrouver leurs frères, leurs sœurs, voire même leurs enfants, parce qu’il y avait des enfants dans la mine au moment de l’éboulement. »
 
L’éboulement a eu lieu dans une zone transfrontalière, où Camerounais et Centrafricains cohabitent. Même si la mine est située en territoire centrafricain, les populations des deux côtés de la frontière se sont mobilisées pour porter secours aux victimes, comme le raconte Claude Mpouma, membre de la société civile à Garoua-Boulaï. « Il a failli y avoir polémique parce que certains ont dit que c’est de l’autre côté, ça ne nous concerne pas, mais non, ça concerne tout le monde. Ce côté africain, on ne l’a pas encore perdu, tout le monde se mobilise pour sortir les corps et sauver certaines vies. »
 
Les éboulements dans les mines d’or sont fréquents en période de saison des pluies. Mi-juin, un éboulement similaire avait fait plusieurs dizaines de morts dans la mine d’or centrafricaine de Bé-Mbari, à la frontière entre les deux pays.

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