Dakar, 27 août (SL-INFO) – Le chanteur et compositeur malien Salif Keïta annonce l’annulation de ses concerts prévus en Afrique du Sud en raison des manifestations xénophobes dans ce pays, affirmant par cet acte fustiger « la haine envers (ses) compatriotes africains ».
Alors que la haine gagne du terrain en Afrique du Sud, Salif Keïta prend position. « Je ne peux pas ignorer les rapports sur les violences xénophobes contre nos frères et sœurs africains », affirme l’artiste malien dans un communiqué sur sa page Facebook consulté mercredi par l’AFP.
La situation en Afrique du Sud « me force à prendre une décision douloureuse : j’annule mes spectacles commerciaux prévus en Afrique du Sud », indique-t-il, sans préciser les dates et lieux de ces spectacles.
Salif Keïta dit avoir le « cœur si lourd » en prenant cette décision, précisant qu’elle ne signifie pas un rejet des populations de l’Afrique du Sud, pays longtemps marqué par l’apartheid et qui, depuis la fin de ce système de ségrégation racial, « m’a toujours accueilli comme un frère, pas seulement un artiste ». Mais l’artiste malien dit, par cet acte, vouloir fermer « la porte sur la haine, pas sur les gens » du pays d’Afrique austral.
Le pays de Mandela rongé par la xénophobie
« Quand je vois des migrants attaqués, je ne vois pas de politique. Je vois des gens à la recherche d’emploi, de sécurité et de dignité. Cela ne correspond pas à l’Afrique du Sud que je connais – l’Afrique du Sud qui a tenu le coup avec Mali, et l’Afrique du Sud que Nelson Mandela (figure de la lutte anti-apartheid, 1918-2013) a construite », fait-il remarquer.
Après plus de 50 ans de carrière, l’artiste de 76 ans, surnommé par certains le « Cheval blanc » à cause de son albinisme, continue de faire des tournées, mais avec des dates plus espacées pour des raisons médicales. La chanteuse et compositrice sud-africaine Tyla a retiré fin juillet de sa tournée un concert prévu au Nigeria, dans un contexte de différend diplomatique entre ce pays et l’Afrique du Sud lié aux violences xénophobes.
L’Afrique du Sud, première économie du continent, est depuis longtemps une destination pour les travailleurs africains, en situation régulière ou sans papiers. Mais, confronté à un taux de chômage supérieur à 30 %, le pays a connu des vagues répétées de manifestations xénophobes et anti-migrants, parfois meurtrières. Plus de 160 000 personnes ont quitté l’Afrique du Sud depuis fin mai, selon un décompte de l’AFP établi à partir des chiffres communiqués par les gouvernements africains ayant organisé des rapatriements, dont environ 1 500 Nigérians.
