Dakar, 7 oct (SL-INFO) – Déjà condamné le 16 décembre 2025 pour exercice illégal de la pharmacie, T. Cissé, 57 ans, a comparu à nouveau jeudi 1er octobre 2026 devant le Tribunal des flagrants délits de Diourbel, selon les informations de L’Observateur.
Père de huit enfants et jouissant d’une réputation de pharmacien dans les sphères mourides de Touba, l’homme qui exerce depuis 31 ans sans diplôme ni autorisation a été pris en flagrant délit sur la route par la Brigade de proximité de Touba, qui le filait depuis plusieurs semaines. Sa voiture passée au peigne fin, les gendarmes y ont découvert cinq cartons de médicaments. Il encourt trois ans de prison ferme. Le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, constitué partie civile, réclame 10 millions de FCfa de dommages et intérêts.
Conduit à la brigade, le mis en cause a reconnu être propriétaire de la marchandise, affirmant d’abord qu’elle était destinée à un parent malade devant subir une intervention chirurgicale, sans apporter la moindre preuve. Face au magistrat, ses arguments ont fondu comme neige au soleil. Son passé judiciaire a pesé lourd : récidiviste, il avait bénéficié d’un placement sous mandat de dépôt lors de sa première condamnation. A la barre, il a reconnu cette condamnation tout en revenant sur une partie de ses déclarations faites à l’enquête. Il a fini par avouer avoir acquis les médicaments au marché Ocass de Touba.
L’autorisation du Khalife plaidée à la barre
Pour sa défense, T. Cissé a invoqué l’autorisation du Khalife général des mourides. « J’ai exercé pendant 31 ans la profession de pharmacien à Touba sur autorisation du Khalife des mourides, du fait qu’il n’existait pas d’officines, comme c’est le cas aujourd’hui. Je sais que je n’ai pas les études, ni les compétences pour exercer. C’est pourquoi, après ma condamnation, j’ai arrêté pour confier cette mission à deux professionnels », s’est-il défendu, maintenant toutefois qu’il s’apprêtait à apporter le lot à un parent hospitalisé.
Le procureur Papa Khalil Fall a requis trois ans de prison ferme et 500 000 FCfa d’amende. « Le médicament dans des mains inexpertes devient un poison. Le prévenu ne remplit aucun critère. Même un pharmacien ne peut disposer d’un dépôt sans autorisation. La loi de 2023 prévoit trois ans minimum pour transport illégal de médicaments », a-t-il asséné.
Pour la partie civile, Me Dabo a rappelé la gravité des faits : « L’absent le plus présent ici, c’est le consommateur sénégalais. La première fois, le syndicat avait demandé le franc symbolique, cette fois il demande dix millions. » La défense, assurée par Mes Serigne Diongue et Assane Dioma Ndiaye, a plaidé la requalification, estimant que la matérialité de faux médicaments n’était pas établie : « Il transportait des produits pharmaceutiques, pas nécessairement illégaux », avant de solliciter la relaxe et subsidiairement une application bienveillante de la loi. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 8 octobre.
