Dakar, 17 sept (SL-INFO) – Fin des poursuites pour l’ancien DAGE du ministère des Mines et l’homme d’affaires Ibrahima Issa. Poursuivis pour détournement de deniers publics portant sur 119,87 millions de FCFA dans l’affaire des Fonds Force Covid 19, ils ont bénéficié définitivement d’un non-lieu. Selon les informations de Seneweb, la Chambre d’accusation a confirmé la décision du juge du 3ᵉ cabinet du tribunal de Dakar.
Selon l’ordonnance, le rapport de la Cour des comptes sur la gestion 2020 et 2021 du Fonds de riposte et de solidarité contre les effets de la Covid-19, transmis à la Division des investigations criminelles (DIC), le 7 février 2023, avait relevé plusieurs irrégularités dans la gestion des fonds. Aux pages 118 et 119, les magistrats financiers avaient relevé le paiement de 73,2 millions de francs CFA au « Groupe Issa » pour des travaux liés à la construction d’une unité de traitement gravimétrique à Kédougou, alors que ces travaux n’avaient pas été réalisés.
À l’époque des faits, Alassane Diallo était le directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE) du ministère des Mines et de la Géologie. Ibrahim Issa dirigeait, lui, le Groupe Issa.
Devant les enquêteurs puis devant le juge d’instruction, Alassane Diallo avait reconnu le paiement. Selon ses explications, le projet visait à mettre en place un centre de gravimétrie à Kédougou au profit des orpailleurs affectés par la pandémie. Le marché avait été attribué à la Société commerciale du Groupe Issa (SCGI). Le matériel nécessaire avait déjà été acquis pour 119,87 millions de francs CFA, tandis que les travaux de construction étaient évalués à 73,2 millions.
Le principal obstacle était l’absence de terrain. Le DAGE avait expliqué avoir sollicité le gouverneur de Kédougou pour obtenir une parcelle de 1 000 m², sans succès. La fin de l’exercice budgétaire approchant, il avait alors, selon ses déclarations, obtenu l’autorisation verbale de sa hiérarchie de procéder au paiement afin d’éviter la perte des crédits.
Il reconnaissait toutefois le caractère irrégulier de l’opération, puisqu’elle avait été effectuée sans service fait.
Ibrahim Issa avait livré la même version. Il affirmait avoir exécuté la première partie du marché, relative à l’acquisition du matériel, expliquant que les travaux n’avaient pu démarrer faute de terrain. Il reconnaissait avoir perçu le reliquat avant l’exécution des travaux et s’était dit disposé à rembourser les 73,2 millions concernés.
Le matériel retrouvé
L’instruction a toutefois fait apparaître plusieurs éléments favorables aux deux mis en cause.
Ibrahim Issa avait produit un procès-verbal de constat d’huissier daté du 14 avril 2023, accompagné de photographies, attestant de la présence d’une partie du matériel, estimée à environ 80 millions de francs CFA, à son domicile et au siège de sa société.
Une facture datée du 3 août 2020, établie par la société chinoise HALA TRADING CO LIMITED, avait également été versée au dossier.
Surtout, après une correspondance du 28 avril 2023 du Directeur de l’Exploitation minière artisanale et à petite échelle (DEMAPE), Ibrahim Issa indiquait avoir acheminé le matériel à Kédougou les 2 et 5 mai 2023. Un bordereau de livraison daté du 8 mai 2023 venait appuyer ses déclarations.
Entendue comme témoin, l’ancienne ministre des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima, avait confirmé l’existence du projet et expliqué que le paiement avait été effectué dans le souci, selon elle, de « sécuriser » les crédits avant la clôture de l’exercice budgétaire. Elle déclarait également ne pas connaître personnellement Ibrahim Issa et n’avoir rien reçu en contrepartie.
Le juge écarte l’intention frauduleuse
Dans son ordonnance de non-lieu du 29 juin 2026, le juge du 3ᵉ cabinet d’instruction a bien constaté que le paiement avait été effectué sans service fait. Mais pour le magistrat, cet élément ne suffisait pas à caractériser le détournement de deniers publics. Le juge s’est notamment appuyé sur la présence du matériel, les pièces produites par le Groupe Issa et son acheminement à Kédougou.
Il a également retenu les explications relatives à l’indisponibilité du site devant accueillir le centre. Pour le magistrat instructeur, ces éléments ne permettaient pas d’établir une volonté de détourner les fonds publics. « Il ne résulte pas de la procédure que les inculpés avaient l’intention de détourner les montants incriminés », relève l’ordonnance. Le magistrat considère ainsi que l’élément moral de l’infraction, à savoir l’intention de détourner les deniers publics, n’était pas établi.
Une ordonnance du 25 juin 2025 avait par ailleurs ordonné la restitution à l’État de la somme de 73,2 millions de F CFA. Ensuite, le procureur de la République a requis une requalification et un renvoi devant le tribunal correctionnel.
Saisie d’un appel contre l’ordonnance de non-lieu, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar a rendu, le 3 septembre 2026, l’arrêt n° 279. Elle a déclaré l’appel recevable mais, au fond, a confirmé l’ordonnance de non-lieu dans toutes ses dispositions. La demande de restitution a, en revanche, été déclarée irrecevable. Un certificat de non-pourvoi a été délivré le 14 septembre 2026 par le greffe de la Cour d’appel de Dakar.
Alassane Diallo et Ibrahim Issa sont totalement blanchis. Cette décision va-t-elle profiter à l’ancienne ministre Aïssatou Sophie Gladima, dont le procès a été ouvert le 22 juillet 2026 devant la Haute Cour de justice, siégeant à la Cour suprême ? A la demande de ses conseils, le jugement a été renvoyé après vacation. L’un de ses avocats, Me Michel Simel Basse, avait estimé qu’il est juridiquement délicat de juger une personne poursuivie pour complicité alors que les auteurs principaux présumés, Ibrahima Issa et Alassane Diallo, ont bénéficié d’un non-lieu. La défense sollicitait le report du procès en attendant que l’appel du parquet soit vidé.
