Dakar, 20 avril(SL-INFO)- Dans de nombreux pays africains, les dépenses publiques se concentrent d’abord dans les capitales et les grands centres urbains. Routes, hôpitaux, universités, réseaux d’eau, infrastructures numériques ou transports collectifs sont plus visibles dans les villes que dans les campagnes. Ce déséquilibre crée ce que les économistes appellent un « biais urbain des politiques publiques ».
Les gouvernements privilégient souvent les zones urbaines parce qu’elles concentrent une part importante de la population, de l’activité économique, des médias et des enjeux politiques. Un embouteillage à Dakar, une coupure d’électricité à Abidjan ou une pénurie d’eau dans une grande ville provoquent rapidement une forte réaction publique. Les besoins ruraux, eux, sont souvent moins visibles et moins relayés.
Cette logique se retrouve dans de nombreux investissements. Les infrastructures routières modernes, les universités, les hôpitaux spécialisés ou les zones industrielles sont majoritairement installés dans les grandes agglomérations. À l’inverse, certaines zones rurales continuent de manquer de pistes praticables, d’accès à l’électricité, de structures de santé ou de réseaux d’irrigation.
Au Sénégal, une part importante des infrastructures économiques reste concentrée dans l’axe Dakar Thiès Mbour. Cette zone concentre l’essentiel des emplois formels, des établissements financiers, des services administratifs et des investissements privés. D’autres régions, notamment dans l’est et le sud du pays, disposent de moins d’infrastructures et attirent moins de capitaux.
Ce déséquilibre a des conséquences économiques importantes. Les zones rurales disposent souvent de moins de services publics, de moins d’accès au financement et de moins d’opportunités d’emploi. Cela pousse une partie de la population à migrer vers les villes, accentuant encore les déséquilibres territoriaux.
L’agriculture illustre particulièrement ce phénomène. Une grande partie de la population active travaille encore dans les zones rurales, mais les dépenses publiques en irrigation, stockage, routes de desserte ou transformation agroalimentaire restent souvent insuffisantes par rapport aux besoins.
Ce biais urbain peut aussi accentuer les inégalités sociales. Les ménages vivant hors des grandes villes supportent des coûts plus élevés pour accéder aux soins, à l’éducation, aux marchés ou aux services administratifs. Une route dégradée, une école éloignée ou l’absence d’électricité limitent directement les perspectives économiques.
Rééquilibrer les investissements entre villes et campagnes ne signifie pas réduire les dépenses urbaines. Il s’agit plutôt de mieux répartir les infrastructures, les services publics et les financements afin d’éviter qu’une partie du territoire reste durablement à l’écart de la croissance.
