Dakar , 12 Mai (SL-INFO) – D’abord perçu comme un simple divertissement, le jeu s’est progressivement imposé dans le quotidien d’A. Diaw jusqu’à devenir une habitude difficile à maîtriser. Entre gains illusoires, pertes répétées et spirale d’endettement, il raconte la trajectoire d’une addiction assumée.
« C’était pour le plaisir », « pas tout le temps » : c’est ainsi qu’A. Diaw définit ses débuts avec les jeux de paris en ligne. Il parle de petits montants, de limites qu’il s’imposait. Mais, très vite, cette pratique devient une « routine » dont il peine à se défaire.

A. Diaw n’a pourtant rien d’un joueur au départ. Originaire du département de Podor, il grandit loin de Dakar, à distance de cet univers. « Avant, je ne connaissais même pas ces applications », confie-t-il. Son parcours suit une trajectoire classique : baccalauréat en 2010, puis orientation à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar où il poursuit des études en géographie jusqu’à l’obtention du Master en 2016-2017. À cette époque, ses ambitions étaient ailleurs. Mais à la sortie de l’université, la réalité s’impose : l’insertion est difficile. Il enchaîne les tentatives, les concours, sans parvenir à s’inscrire durablement dans la voie qu’il souhaitait. Après une période de chômage, il finit par intégrer un centre d’appel en 2019 comme conseiller client. Un métier qu’il exerce encore aujourd’hui, « par défaut », dit-il, évoquant un secteur « ingrat » et précaire. Il envisage un temps de suivre une formation professionnelle pour se réorienter, mais abandonne face aux contraintes : « Je voulais faire une formation professionnelle malheureusement, avec les aléas de la vie, ça n’a pas abouti ».
C’est ainsi qu’il commence les paris en ligne, en 2020. À l’époque, il travaille déjà, vit seul, avec peu de charges. Une vie « simple ». Mais le jeu s’y installe sans rupture, d’abord comme un divertissement. « Je ne jouais pas tout le temps », assure-t-il avant d’ajouter qu’il « mettait de petits montants à côté pour miser ». Puis survient le basculement : « Parfois tu ne mises pas beaucoup, mais tu gagnes beaucoup », explique-t-il. « Pour 500 francs, tu peux te retrouver avec beaucoup d’argent ». Le gain facile devient ainsi nécessité. Aujourd’hui, le jeu occupe une place centrale, « comme le café le matin ». Comme un réflexe, c’est devenu une routine. Il anticipe les matchs, calcule les cotes, suit les championnats avec une attention constante. « Tu es scotché sur ton téléphone tout le temps. Tu ne peux pas te concentrer », dit-il.
Son rapport à l’argent s’est transformé au fil du temps. Les montants ont augmenté : 50 000, 75 000, parfois 100 000 francs en une seule mise. Il évoque une perte marquante : « J’ai perdu 280 et quelques mille en une nuit », après avoir pourtant gagné au départ. « À la base, j’avais misé 100 000, j’ai gagné puis je me suis dit pourquoi pas gagner beaucoup plus ». Une logique qui se répète. « On perd plus qu’on gagne », reconnaît-il, mais chaque perte appelle une nouvelle tentative.

Les conséquences sont concrètes. Il s’endette, sollicite ses connaissances, emprunte de petites sommes qui disparaissent aussitôt. « Tu n’as pas 5 000 pour me prêter ? » demande-t-il à ses proches. « Le pire, c’est qu’ils me prêtent les 5 000 et je les perds dans la foulée ». Il parle de dettes accumulées, de stress, de nuits passées à suivre des matchs, incapable de se détacher de l’écran.
Même si A. Diaw est « très, très conscient », cette conscience ne suffit pas à interrompre le cycle. Ainsi, il vit dans une projection permanente. Un jour, dit-il, il atteindra « le montant ». Celui qui lui permettra d’arrêter, d’investir, de changer de vie. « Tant que je n’ai pas atteint ce montant, je vais continuer ».
