Dakar, 24 oct (SL-INFO) – ​J-GEN Sénégal et ses partenaires ont réuni les acteurs locaux à Kaffrine dans le cadre des pré-assises citoyennes sur les droits des femmes et des filles. L’objectif est de recueillir leurs préoccupations, d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et de proposer des solutions adaptées. Les échanges ont notamment porté sur les violences basées sur le genre, les mariages précoces, l’accès aux soins et les réformes juridiques attendues.

​Comment mieux protéger les droits des femmes et des filles au Sénégal et faire entendre leur voix dans les décisions qui les concernent ? Ces questions étaient au cœur des pré-assises citoyennes organisées à Kaffrine, dans le cadre d’une tournée nationale conduite par J-GEN Sénégal, en collaboration avec le comité de pilotage (COPIL) et plus d’une soixantaine d’organisations partenaires.

​Pour Maïmouna Astou Yade, directrice exécutive de J-GEN Sénégal, cette démarche vise à dresser un état des lieux des droits des femmes et des filles, tout en recueillant leurs expériences et leurs propositions pour améliorer les politiques publiques.

​« Cette initiative est une occasion de rappeler les acquis et les avancées enregistrés depuis l’indépendance, mais aussi de mettre en lumière les principaux défis qui persistent en matière de droits des femmes », explique-t-elle.

​L’ambition est de faire des femmes de véritables actrices des décisions publiques, en tenant compte de leurs réalités quotidiennes et de leurs besoins.

​Des lois à faire évoluer, des droits à mieux protéger

​Plusieurs questions juridiques ont été soulevées, notamment la révision du Code de la famille et du Code de l’enfant, l’âge légal du mariage, la recherche de paternité et l’autorité parentale. La santé reproductive, l’application des engagements liés au Protocole de Maputo et la lutte contre les violences faites aux femmes figurent également parmi les priorités. Les organisations souhaitent notamment que soit examinée la reconnaissance du féminicide comme une infraction autonome dans le cadre des réformes du Code pénal.

​Au-delà des textes, les participantes ont insisté sur la nécessité d’améliorer l’accès aux soins, à la justice et aux dispositifs de protection, tout en renforçant les services sociaux de base et la prise en charge de la santé mentale des femmes.

​À Kaffrine, des préoccupations qui appellent des réponses urgentes

​Dans la région, les violences basées sur le genre et les mariages précoces, notamment les mariages d’enfants, demeurent des sujets de préoccupation. La santé maternelle a également occupé une place importante dans les échanges. Selon un chiffre évoqué par la directrice régionale de la Famille, 33 décès maternels ont été enregistrés en neuf mois, une situation qui souligne l’urgence d’identifier des réponses adaptées aux difficultés rencontrées par les femmes.

​Rattachée au pôle Centre, aux côtés de Fatick, Kaolack et Diourbel, Kaffrine doit faire remonter les préoccupations des populations de ses quatre départements : Kaffrine, Birkilane, Koungheul et Malem-Hodar.

​Les consultations doivent se poursuivre dans les communes afin de toucher davantage de femmes. J-GEN Sénégal compte notamment sur les autorités administratives, les services techniques, les Badienou Gox et les relais communautaires pour faciliter la participation des populations.

​Représentant le gouverneur de la région, Ndeye Sylla Mme Tall, directrice régionale de la Famille, a rappelé que les droits des femmes et des filles relèvent d’un enjeu collectif lié à la dignité humaine, à l’égalité des chances et à la protection contre les violences.

​Elle a insisté sur la nécessité d’inclure toutes les catégories de femmes, notamment les adolescentes, celles vivant dans les zones éloignées et les personnes en situation de handicap. Elle a également souligné l’importance de garantir la confidentialité et la sécurité des participantes lorsqu’elles témoignent de situations sensibles.

​Des recommandations pour changer les réalités du quotidien

​Pour Diary Gadio, adjointe à la direction régionale du développement communautaire pour le pôle Centre et superviseure des pré-assises à Kaffrine, les progrès enregistrés ne doivent pas occulter les discriminations, les violences, les inégalités d’accès aux ressources économiques et la faible représentation des femmes dans certaines instances de décision.

​« Promouvoir les droits des femmes et des filles, ce n’est pas seulement défendre une catégorie de personnes : c’est investir dans le développement de toute notre société », affirme-t-elle, invitant les femmes et les jeunes filles à participer activement aux discussions.

​L’accès à l’éducation, à la santé, à la justice, à la terre et aux opportunités professionnelles, ainsi que l’autonomisation économique, figurent parmi les leviers identifiés pour améliorer leur situation.

​Une collecte de données sera menée sous la responsabilité d’un comité technique et scientifique composé d’experts en genre. Les informations recueillies serviront à mieux cerner les difficultés du terrain et à formuler des recommandations à soumettre aux autorités.

​L’enjeu est désormais de transformer les préoccupations exprimées à Kaffrine et dans les autres régions en mesures concrètes. Derrière les réformes juridiques et les politiques publiques, il s’agit de permettre aux filles de poursuivre leur scolarité, aux femmes d’accéder aux soins et aux ressources économiques, et aux victimes de violences de bénéficier d’une écoute et d’un accompagnement adaptés.

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