Dakar, 23 oct (SL-INFO) – Alors que les centrales syndicales ont décrété trois jours de grève générale les 21, 22 et 23 octobre, la tension a atteint un niveau critique dans tout le pays. , habitant de Niangal dans la commune de Yène, dresse un tableau sans concession de la situation et tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « blocage historique ».
L’observateur ne mâche pas ses mots pour décrire la gravité du moment : « Le climat social sénégalais n’a jamais été aussi tendu depuis longtemps. » Après une première alerte durant l’été, le ras-le-bol s’est traduit par une marche nationale le 20 octobre, préambule à un arrêt de travail d’envergure nationale porté par le Front syndical pour la défense du travail (FSDT).
La colère s’étend aujourd’hui à l’ensemble des secteurs vitaux du pays. Dans l’éducation, les enseignants du G7 ont décidé la grève totale alors que l’année scolaire vient à peine de s’ouvrir. Du côté de l’énergie, les agents de la SENELEC, représentés par le SUTELEC, rejoignent le mouvement au moment précis où « les délestages sont revenus hanter les foyers depuis plusieurs semaines ».
Le secteur de la santé se retrouve lui aussi sous pression avec la multiplication des débrayages autonomes, tandis que les boulangers réclament une revalorisation du prix de la baguette.
Face à cette lame de fond, poursuit M. Thiandoume, l’État tente de désamorcer la crise par des réunions du comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale, la demande d’un moratoire de trois mois ou des sorties médiatiques collectives de ministres.
Mais ces initiatives restent impuissantes à restaurer le climat de confiance brisé entre les acteurs du monde du travail et le pouvoir Exécutif.
Pourtant, Massogui Thiandoume refuse de jeter l’opprobre sur les grévistes. Pour lui, le droit de grève demeure une conquête démocratique majeure inscrite dans la Constitution. « Les syndicats ne sont pas des ennemis de la Nation. Ils sont, bien souvent, les sentinelles qui rappellent à l’État ses engagements », rappelle-t-il fermement.
Le malaise repose en effet sur des motifs réels et profonds : des protocoles d’accord signés avec les enseignants et restés lettre morte depuis 2018, des conditions de travail dégradées dans les hôpitaux, des vagues de licenciements perçues comme abusives et un pouvoir d’achat quotidiennement grignoté par l’inflation du riz, de l’huile et des loyers.
L’analyse pointe la responsabilité directe des pouvoirs publics dans ce blocage, car « un engagement de l’État, une fois signé, n’est pas une promesse de campagne : c’est une parole qui engage la continuité de la République ». Le renoncement répété à la parole donnée constitue ainsi le ferment principal de la défiance.
Pourtant, le constat le plus amer du ressortissant de Niangal concerne l’impact humain de cet affrontement institutionnel. Il rappelle une réalité souvent oubliée des états-majors : « Dans un bras de fer entre l’État et les syndicats, ce ne sont ni les ministres ni les responsables syndicaux qui souffrent le plus. Ce sont les populations.»
« Lorsque les salles de classe se vident, ce sont les élèves des familles modestes qui perdent définitivement des heures d’apprentissage cruciales pour leur avenir », se désole-t-il.
Massogui de poursuivre : « Lorsque le réseau électrique vacille, ce sont les petits commerçants, les artisans, les tailleurs et les soudeurs qui voient leur activité s’arrêter net et leurs revenus s’envoler. Dans les structures de santé au ralenti, l’attente devient une menace vitale pour les malades et les femmes enceintes, car chaque jour de rupture peut se solder par des drames humains. Enfin, l’arrêt des boulangeries plonge les pères et mères de famille dans l’angoisse quotidienne de nourrir les leurs. »
Face à cette impasse, Massogui Thiandoume lance un double appel à la raison. S’adressant aux leaders syndicaux, il souligne que la grève doit demeurer l’arme ultime pour ne pas retourner l’opinion publique contre la cause des travailleurs. Il les exhorte à instaurer un service minimum effectif dans les secteurs vitaux de la santé et de l’énergie et à accepter le dialogue sans préalables excessifs.
Au gouvernement, il réclame de dépasser la gestion de crise de dernière minute pour instaurer une concertation permanente, sincère et transparente. Il préconise la publication d’un calendrier réaliste d’apurement des accords passés et la co-construction des réformes du Code du travail avec les partenaires sociaux.
En appelant à la sagesse des figures historiques et aux valeurs traditionnelles de concertation incarnées par la maxime wolof « Nit nittay garabam » (« l’homme est le remède de l’homme »), l’auteur formule un vœu pour l’avenir du pays : « Le remède à la crise que traverse le Sénégal ne viendra ni de l’extérieur ni de rapports de force : il viendra de nous-mêmes, de notre capacité à nous écouter et à nous tendre la main. »
