Dakar, 18 sept (SL-INFO) – PS, PDS, APR et bientôt Kiiraay : Abdoulaye Saydou Sow est un renard des surfaces qui sait saisir les opportunités. Mais son dernier virage risque d’écorner son image durablement.
Depuis une semaine, Abdoulaye Saydou Sow fait la une de l’actualité politique. Sa décision presque actée de rejoindre Kiiraay, le camp présidentiel, fait polémique. Il est vu comme le visage actuel de la transhumance politique. Le maire de Kaffrine n’est pourtant pas le premier responsable de l’APR à rejoindre la coalition du président Bassirou Diomaye Faye.
Si sa migration fait autant débat, c’est parce qu’il est le premier leader d’envergure à rejoindre Kiiraay. Laye Sow a été une figure du parti, mais surtout un responsable à qui Macky Sall a presque tout donné : maire, DG et ministre tout-puissant à Kaffrine.
D’où l’engagement ferme de Sow de lui rester fidèle, même après le pouvoir. « Président, vous m’avez tout donné. Personne ne me prendra à défaut dans ma loyauté vis-à-vis de vous. Après le 2 avril (date d’investiture de Diomaye), personne ne me verra en déficit de loyauté vis-à-vis de vous. Vous m’avez donné ce qu’il y a de plus cher : la confiance. Et cette confiance, je la mériterai jusqu’à la fin de ma vie », jurait-il lors d’une rencontre le 16 décembre 2023, à quelques mois de la Présidentielle de mars 2024.
Parlant de Kaffrine, il ajoute : « Vous resterez à vie dans nos cœurs. » Mais la réaction de Macky Sall a été timide, il a montré peu d’enthousiasme après cette reconnaissance doublée d’une promesse de loyauté. La trajectoire de l’homme incitait sans doute à la prudence. Il a d’abord milité au PS, puis au PDS avant d’aller à l’APR pour se diriger maintenant vers Kiiraay. Aujourd’hui, Laye Sow, qui ne voyait pas de leader après Macky, a plutôt Diomaye au cœur, pour paraphraser le titre de l’ouvrage de son ex-mentor.
La défaite du PDS et le vide à Kaffrine
Entre Abdoulaye Saydou Sow et la politique, c’est une longue histoire. L’homme a commencé à prendre goût à la chose depuis son adolescence. À l’âge de 13 ans déjà, Oumar Diouf, responsable PDS de la localité, lui demandait de prendre les procès-verbaux des réunions politiques. Mais à l’heure de militer, il choisit le Parti socialiste avant de rejoindre plus tard le PDS.
Dans le parti de Wade, il fait figure de second couteau dans le Ndoukoumane. À l’époque, les responsables ont comme noms Aliou Sow, ancien ministre, et Babacar Gaye, ancien directeur de cabinet de Wade. Ce dernier n’a pas manqué d’ailleurs de réagir à l’actualité avec un brin ironique : « Quand le Mercato politique gagne ma ville. » Il y avait aussi des figures comme Mata Sy Diallo, la « Lionne du Ndoukoumane », El Hadj Gaye, ancien édile de la ville, sans compter le maire socialiste, Abdoulaye Vilane (2009-2022), qui fait figure aujourd’hui de constance et de conviction politique après 26 ans d’opposition dans le PS.
En 2012, le PDS perd le pouvoir et le parti présidentiel, l’APR, ne dispose pas d’un responsable de premier plan à Kaffrine. Parallèlement, les autres formations sont soit en perte de vitesse (PDS, PS et AFP), soit quasi inexistantes à Kaffrine (Taxawu, Pastef). Laye Sow sent l’opportunité, il rejoint Macky Sall.
L’intervention de Macky à l’ENA
Il y a certes une histoire « officielle » derrière ce ralliement. Admis à l’ENA vers les années 2010, Abdoulaye Sow privilégie les activités de la Fédération sénégalaise de football dont il est membre. Il a failli alors se faire renvoyer de l’école pour absences répétées. Il a fallu l’intervention du président Macky Sall, qui l’avait déjà connu au PDS, pour sauver sa peau.
En guise de reconnaissance, il a décidé de s’engager à ses côtés. À sa sortie de l’ENA en 2017, l’administrateur civil est nommé conseiller technique à la présidence. « Quand Macky voulait le nommer conseiller, certains de ses collaborateurs lui disaient que c’est un opposant, mais le président leur a dit qu’il sait à qui il a affaire », révélait à Seneweb un de ses proches à l’occasion d’un portrait à la suite de sa nomination au poste de DG du COUD.
Teint clair, silhouette longiligne, la pomme d’Adam proéminente, Abdoulaye Saïdou Sow a certes toujours été ambitieux, mais patient. À Kaffrine, son leadership se confirme rapidement. La majorité au pouvoir enchaîne les victoires et l’APR ne cesse de progresser. La région arrive d’ailleurs souvent troisième, après Matam et Fatick.
Mais Abdoulaye Sow doit laisser la place à Abdoulaye Vilane, maire de la ville.
Ainsi, lors des investitures des Législatives de 2017, il est zappé par Macky Sall au profit du socialiste. Coalition oblige ! Une couleuvre que ses partisans ont avalée difficilement.
En 2019, bis repetita ! Selon des confidences, Abdoulaye Sow a été pressenti ministre de l’Élevage dans le premier gouvernement du second mandat, avant d’être recalé à la dernière minute. Il fait le dos rond et laisse passer. « Il n’a jamais rouspété. Il accepte toujours les décisions de Macky », soufflait un de ses partisans.
Il a fallu attendre avril 2019 pour qu’il soit récompensé à travers sa nomination à la direction du COUD. Il consolide le travail de transformation du visage du campus social initié par son prédécesseur, Abdoulaye Diouf Sarr. Un peu plus d’un an après, il est nommé ministre de l’Urbanisme. En 2022, il devient enfin maire de Kaffrine, un fauteuil considéré comme la preuve de la représentativité.
« Laye Sow m’a dit un jour qu’il veut exister politiquement à Kaffrine pendant 20 ans. Pour cela, quel que soit ce que le président peut lui confier, il lui faut être élu par sa base. Sinon, il y aura un goût d’inachevé », confiait Ibrahima Diop, à l’époque vice-président du Mouvement des jeunes volontaires, une entité derrière Abdoulaye Sow. C’est peut-être ce besoin d’exister pendant 20 ans qui l’a poussé vers les nouveaux pâturages présidentiels.
L’histoire de la borne-fontaine
Pourtant, la vie est loin d’avoir été un fleuve tranquille pour lui. Il fait partie de ces jeunes qui sont nés de parents qui se battent tous les jours pour leur mettre une cuillère à la bouche, fût-elle en bronze. Fils de Cheikh Sow, travailleur à La Poste et chef de quartier, Abdoulaye Sow a fait ses études à l’aide de la faible lueur des lampes à pétrole. Il a aussi joué sa partition dans les tâches ménagères.
À l’époque, chez les Sow, il n’y avait pas de robinet. Pour donner un coup d’appui à sa mère, l’adolescent se rendait tous les jours à la borne-fontaine, se mettre dans les rangs, pour apporter de l’eau à la maison. Une corvée essentiellement réservée à la gent féminine. Bonjour les moqueries ! « Les jeunes filles le qualifiaient de femmelette, raconte une source. Un jour, il s’est bagarré avec elles. Monsieur Seck, le directeur de l’école 2, ayant assisté à la scène, lui a demandé de venir chercher de l’eau au robinet de l’école, pour éviter les querelles avec les filles ».
Quelle leçon a-t-il tirée de ce coup de destin ? Que retenir de cette trajectoire ? L’histoire le dira. Mais avant elle, la population de Kaffrine tranchera aux prochaines Locales de 2027.
