Dakar , 04 mars (SL-INFO) – L’actualité sénégalaise, marquée par une vague d’arrestations pour « transmission volontaire » du VIH dans des dossiers liés à l’homosexualité, place le Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS) au cœur du débat. Dans un entretien accordé au journal Le Soleil, sa secrétaire exécutive, le Dr Safiatou Thiam, apporte des éclairages essentiels sur cette question délicate.

Un délit complexe à prouver

Bien que la loi réprime sévèrement la contamination volontaire d’autrui, la spécialiste rappelle que la preuve est particulièrement difficile à établir. Elle affirme sans équivoque : « La transmission volontaire du VIH est punie par la loi. C’est un délit. Personne n’a le droit de transmettre volontairement une maladie. »

Cependant, l’ancienne ministre de la Santé précise que pour condamner un suspect, trois critères doivent impérativement être réunis : l’accusé doit d’abord avoir connaissance de son statut sérologique, il faut ensuite prouver techniquement le lien de causalité entre son virus et celui de la victime, et enfin démontrer l’intention de transmettre le virus. « Il faut aussi prouver qu’il y avait une intention de transmettre le virus. C’est très compliqué à prouver », souligne-t-elle.

Contre les jugements hâtifs

Le Dr Thiam s’inquiète également de certains jugements rapides fondés sur la simple découverte d’un test positif. Elle martèle : « On voit les gens parler de transmission volontaire sur la base de : « on l’a testé, il est positif, donc on le condamne ». […] Nous pensons qu’il faut respecter la présomption d’innocence des gens. »

Alerte sur la stigmatisation

Au-delà du cadre strictement juridique, le CNLS redoute les conséquences sociales pour les 47 000 personnes vivant avec le VIH au Sénégal. La peur d’être associées à des scandales de mœurs crée un climat de tension. « Aujourd’hui, c’est la panique parce qu’elles [les personnes vivant avec le VIH] ne veulent pas être mêlées à l’histoire de l’homosexualité », confie l’experte.

L’interlocutrice du quotidien national de conclure : « Il faut respecter la dignité de ces personnes. Il ne faut pas les stigmatiser. Les gens qui ont le VIH ne veulent pas qu’on parle de leur maladie. C’est leur droit. »

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