Dakar, 09 mars (SL-INFO) – Les lignes de fracture se précisent au sommet de l’État. Alors que des divergences apparaissent entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, la majorité écrasante de Pastef à l’Assemblée nationale pourrait devenir un levier politique décisif.

Comme l’on pouvait s’y attendre, le leader du mouvement Awalé, Dr Abdourahmane Diouf, par ailleurs ministre de l’Environnement et de la Transition énergétique, n’a pas ménagé le Premier ministre Ousmane Sonko lors de l’Assemblée générale de la coalition DiomayePrésident.

Dans une allocution au ton résolument politique, « Dr Ass » a lancé une pique à peine voilée à l’endroit du leader de Pastef. « Personne ne pourra réécrire l’histoire. C’est la coalition DiomayePrésident qui a élu le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. C’est d’ailleurs cette victoire qui a permis à Pastef de remporter ensuite les élections législatives. Au Sénégal, on sait tous que le vainqueur de la Présidentielle gagne généralement les Législatives », a-t-il déclaré.

Une sortie qui sonne comme un message à peine voilé dans la perspective d’une éventuelle bataille pour le contrôle de l’Assemblée nationale, où Pastef dispose aujourd’hui de 130 sièges.

Lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024, auxquelles faisait référence l’ancien porte-parole de Rewmi, organisées après la dissolution de la 14e législature, Pastef avait choisi de se présenter seul, sans coalition. Ousmane Sonko, tête de liste du parti, avait sillonné le pays avant d’être récompensé par une victoire écrasante : 130 députés sur les 165 que compte l’hémicycle.

Un atout de taille que le parti semble pouvoir brandir en cas de rupture définitive avec le pouvoir.

En effet, lors de sa dernière sortie médiatique, dans le cadre d’un nouveau concept baptisé « Face aux militants », le week-end dernier, l’actuel Premier ministre, visiblement en désaccord avec son président, avait évoqué la possibilité d’une « cohabitation douce » si le chef de l’État continuait, selon lui, à s’éloigner de la vision du parti.

« Pastef doit être au cœur de la gouvernance. Personne ne peut gouverner sans lui. Certains essaient de faire croire que c’est possible, mais ce n’est pas le cas », avait-il lancé lors d’un direct diffusé sur sa page Facebook.

Mais le geste posé samedi par Bassirou Diomaye Faye, qui a officiellement adoubé la coalition DiomayePrésident, laisse entrevoir une possible recomposition politique, avec le retour d’Ousmane Sonko et de sa formation dans l’opposition.

Dans ce scénario, certains observateurs évoquent déjà un risque de blocage institutionnel, Pastef disposant d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale. D’autant que, juridiquement, le président ne peut dissoudre à nouveau l’institution avant l’expiration d’un délai de deux ans.

D’autres, toutefois, relativisent cette hypothèse. « Contrairement à ce que beaucoup de Sénégalais pensent, Sonko ne contrôle pas tous les députés. S’il tente d’imposer une cohabitation à l’Assemblée nationale, il pourrait avoir des surprises, comme il en a peut-être déjà en voyant certains responsables se rapprocher de Diomaye », confie un juriste et haut responsable de Pastef.

Notre interlocuteur cite notamment la récente audience accordée au palais présidentiel aux membres du groupe parlementaire, à l’occasion d’un « ndogou ». « Sur les 130 députés, pas moins de 105 ont répondu présents, soit plus de 80 %. Ce n’est pas négligeable. Et sur place, peu ont clairement affiché leur position », explique-t-il.

En tout état de cause, parmi les 25 absents, moins d’une dizaine ont publiquement affiché leur soutien à Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux. Parmi eux, le député Cheikh Bara Ndiaye apparaît comme l’un des plus visibles.

« Les députés restent libres. La preuve, beaucoup ne se sont jamais exprimés publiquement sur ces dissensions entre les deux têtes de l’exécutif », poursuit notre source, proche du pouvoir.

Selon lui, la même prudence prévaut chez plusieurs ministres et directeurs généraux. À l’exception de Waly Diouf Bodiang, actuel directeur général du Port autonome de Dakar, et de Bassirou Kébé, ancien patron de la SNHLM récemment limogé, la plupart ont préféré garder le silence.

Du côté des ministres, quelques positions commencent toutefois à émerger. Après les propos du président Bassirou Diomaye Faye, Khady Dène Gaye a réaffirmé son « engagement auprès d’Ousmane Sonko ». De son côté, le ministre du Commerce, Serigne Guèye Diop, a clairement affiché son alignement sur la ligne du chef de l’État, au même titre qu’Abderrahmane Diouf.

« Beaucoup sont encore dans le calcul politique. Avec le limogeage de Bassirou Kébé et la détermination affichée par Diomaye samedi au King Fahd Palace, certains savent qu’au moindre acte politique, leur poste peut être menacé », prévient notre informateur.

Toutefois, ce dernier se veut plus nuancé quant à l’issue de ces tensions. « Je ne désespère pas. Ils vont arrondir les angles, parce que ce qui les lie dépasse la politique », tempère-t-il.

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