Dakar, 11 mars (SL-INFO) – Maître du Congo-Brazzaville depuis plus de 40 ans, Denis Sassou Nguesso, 82 ans, part à nouveau grand favori de la présidentielle de dimanche, qui suscite peu d’enthousiasme tant la victoire lui semble acquise.

Après avoir dirigé ce pays pétrolier d’Afrique centrale de 1979 à 1992, au temps du parti unique, M. Sassou Nguesso a reconquis le pouvoir par les armes en 1997, après quatre mois de guerre civile à Brazzaville.

Réélu sans réelle opposition depuis, il n’a pas désigné de successeur et tient d’une main de fer les rênes de son pays de six millions d’habitants, balayant les critiques sur le caractère autoritaire et prédateur de son pouvoir ou les accusations de violations des droits de l’Homme.

Depuis le début de la campagne électorale fin février, les portraits géants du « patriarche » et les drapeaux rouges de son Parti congolais du Travail (PCT) – qui rappellent ses origines marxistes-léninistes – ont envahi les rues des grandes villes.

Les principaux partis d’opposition ont annoncé boycotter le scrutin, n’estimant pas remplies les conditions d’une élection libre et transparente.

Seuls six candidats, peu connus ou sans réelle assise politique, se présentent face à Denis Sassou Nguesso, sans grandes chances d’empêcher sa réélection pour un nouveau quinquennat dès le premier tour.

Les observateurs craignent une abstention massive. Et les Congolais rencontrés montrent effectivement peu d’engouement pour un scrutin qui leur semble joué d’avance.

– Abstention et chômage –

« Honnêtement, je vois pas l’intérêt d’aller voter le 15 mars. De toutes les façons, que je le fasse ou pas, nous aurons le même élu », lâche Cyril Massamba, habitant du quartier Bacongo à Brazzaville.

« Je serai dans un bureau de vote le jour où mon propre enfant sera candidat », ironise Monique Ouollo, commerçante de Bacongo.

Le président Sassou Nguesso a d’ailleurs exhorté les électeurs à se rendre aux urnes. « Pas d’abstention! » a-t-il lancé lors d’un meeting à Pointe-Noire, la deuxième ville du pays, au premier jour de la campagne.

Si le candidat met en avant son bilan économique, notamment la modernisation des infrastructures, le développement du secteur gazier ou de l’agriculture pour que le Congo devienne autosuffisant, de nombreux jeunes présents à ce meeting fustigeaient le manque d’opportunités et d’emplois.

Le pays est pourtant riche en pétrole et gaz qui assurent la grande majorité des revenus de l’Etat et tirent la croissance, estimée à 2,9% en 2025. Mais presque la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Pour les détracteurs du chef de l’Etat, le développement du pays a été freiné par des détournements massifs d’argent public et de la rente pétrolière au sommet de l’Etat.

La famille Sassou Nguesso, dont la fortune est difficile à estimer, fait l’objet de plusieurs enquêtes et de plaintes pour détournements de fonds, notamment en France, dans l’affaire dite des « biens mal acquis », ou aux Etats-Unis.

Des accusations qualifiées de tentatives de déstabilisation par le pouvoir.

– l’enjeu de la succession –

L’affaire des biens acquis a mis à mal les relations que Denis Sassou Nguesso entretient historiquement avec la France, ancienne puissance coloniale.

Premier bailleur d’aide du pays, elle reste un acteur-clé dans l’économie du pays, même si le président congolais joue habilement de ses liens avec la Chine mais aussi avec la Russie avec laquelle les relations sont anciennes.

« Dans un monde multipolaire, le Congo joue les rivalités entre la France, les puissances du Moyen-Orient, la Russie et la Chine pour gagner en respectabilité tout en renforçant le pouvoir autoritaire en place », écrivaient en 2025 Laurent Duarte et Thibaud Kurtz dans une note de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Lors du meeting de Pointe-Noire, la présence de paramilitaires étrangers a alimenté les spéculations la possible présence de mercenaires russes assurant la sécurité du président congolais.

Un responsable du PCT a confirmé à l’AFP la présence de Russes, sans préciser la nature de leur mission.

Si la réélection de Denis Sassou Nguesso semble acquise, le véritable enjeu de l’élection semble l’après-scrutin et l’inévitable question de sa succession.

« Nous ne resterons pas une éternité au pouvoir » et le « tour » des jeunes « viendra », a assuré à l’AFP le président congolais lors d’un entretien le 1er mars, tout en refusant de se prononcer sur un éventuel successeur.

Dans son entourage, plusieurs noms sont parfois cités: son fil Denis Christel Sassou Nguesso, ministre de la Coopération internationale, son conseiller spécial Jean-Dominique Okemba, ou Jean-Jacques Bouya, ministre de l’Aménagement du territoire et des Grands travaux.

« Il ne s’agit pas d’une affaire d’homme à préparer », a répondu à l’AFP le président, « il s’agit d’un ensemble de choses que nous préparons globalement pour l’avenir du pays ».

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *