Dakar, 30 avril (SL-INFO) – Il est révoltant de constater qu’en plein XXIe siècle des États qui se réclament souverains laissent un pays tiers leur construire le siège d’une organisation dont ils sont tous membres.
En effet, le mardi 28 avril dernier, la Chine a officiellement remis les clés du nouveau siège de la CEDEAO à ses dirigeants. L’édifice construit aux abords de l’Airport Road à une quinzaine de kilomètres du centre-ville d’Abuja (capitale du Nigeria) s’étend sur plus de 70 000 m2.
Un siège qui vaut 31,7 milliards F CFA, entièrement financé par la Chine
Il comprend un immeuble principal de bureaux, des infrastructures annexes, un centre de conférence elliptique de 720 places, un héliport, un parking, un espace public et des réseaux techniques. Le joyau est présenté comme un cadeau de la Chine à l’Afrique de l’Ouest puisque sa construction est entièrement financée par l’empire du Milieu.
Le pays asiatique a dépensé 56,5 millions de dollars, soit 31,7 milliards F CFA pour réaliser le projet.
À la CEDEAO on est bien content de mettre la main sur les clés de cet édifice. Mais devrait-on l’être vraiment ? Peut-on imaginer la Chine construire à ses frais le siège de l’Union européenne ? Peut-on croire que l’OTAN puisse accepter que l’empire du Milieu lui construise son siège ? Non. C’est une question de souveraineté et de fierté.
Les 12 États de la CEDEAO sont-ils si pauvres, au point d’être incapables de mobiliser 31,7 milliards pour se construire un nouveau siège ? Bien sûr que non.
La pique de Choguel Maiga
La réalité, c’est que la plupart des pays membres de l’institution communautaire ne sont pas très motivés quand il s’agit de faire des efforts. D’ailleurs, ils ne paient pas très régulièrement leur contribution et les prélèvements communautaires.
L’ex-Premier ministre malien Choguel Maiga s’était gaussé de ces États en juillet 2024 alors qu’il présidait la cérémonie d’ouverture des états généraux du notariat.
« Imaginez cette CEDEAO, les gens ne paient pas leur cotisation. C’est l’Union européenne qui paie leur cotisation. C’est elle qui complète leur budget », avait lâché l’ancien responsable malien.
La situation est si préoccupante que les parlementaires de la CEDEAO ont haussé le ton pour exiger un changement.
Dans un tel contexte, l’organisation va toujours s’en remettre à la générosité des puissances étrangères pour lui réaliser des projets. Au lieu de se réjouir de l’acte posé par la Chine, le 28 avril dernier, les dirigeants des pays de la CEDEAO devraient en avoir honte.
Une institution qui s’expose à l’espionnage
Il faut par ailleurs marteler qu’il est imprudent de laisser une grande puissance comme la Chine construire le siège de la CEDEAO. C’est participer à l’influence grandissante de l’empire du Milieu en Afrique de l’Ouest, mais aussi s’exposer à l’espionnage. On ne rappellera pas que la Chine a souvent été accusée d’installer des équipements d’espionnage dans des bâtiments diplomatiques ou des infrastructures stratégiques à l’étranger.
