Dakar, 18 mars(SL-INFO) –  Pour refermer ce cycle spirituel, Seneweb vous emmène à Ndiassane, foyer ardent de la Qadiriyya. Nous levons le voile sur la vie de Cheikh Sidy Lamine Kounta, surnommé le « Lion de Ndiassane ». Durant quarante-quatre ans de califat, cet homme multidimensionnel a su allier une rigueur mystique absolue à une vision de bâtisseur hors du commun. Entre ses activités commerciales à Saint-Louis et le mystérieux « Étage » aux 313 chambres, découvrez le parcours d’un guide qui ne comptait que sur Dieu et son propre labeur pour transformer sa cité.

Décédé le 27 novembre 1973 à Ndiassane, à l’âge de 90 ans, Cheikh Sidy Lamine Kounta était le fils et le khalife de Cheikh Bouh Mouhamed Kounta, plus connu sous le nom de Bouh Kounta Ndiassane. Il a passé quarante-quatre ans au califat de la confrérie khadre au Sénégal. Grand homme religieux et social, il a réalisé de nombreuses œuvres au cours de sa vie, dont le mythique « Étage » de Ndiassane.

Né en 1883, Cheikh Sidy Lamine Kounta fut le premier fils de Cheikh Bouh Mouhamed Kounta né à Ndiassane. Surnommé « l’aîné de Ndiassane », il vit le jour après l’installation de son père dans cette localité située à quelques encablures de Tivaouane. Sa mère, Mame Fatima Babou, était originaire de la ville sainte de Touba. Dès son bas âge, il intègre l’école coranique de son père, où il étudie jusqu’à la maîtrise du Saint Coran. Il est ensuite envoyé en Mauritanie pour parfaire son savoir. Après plusieurs années passées dans ce pays, il retourne à Ndiassane avant que son père ne lui demande de s’installer à Saint-Louis.

Dans la vieille ville, Cheikh Sidy Lamine Kounta exerce principalement le commerce et l’enseignement du Coran. Il y séjourne longtemps et ne retourne à Ndiassane qu’après le décès de son grand frère, Mame Cheikhal Bécaye, en 1929. Il revient alors pour succéder à ce dernier à la tête du califat. Selon son petit-fils Abdoukhadre Kounta, bien qu’il ne fût pas le fils aîné de Bouh Kounta, il était appelé « l’aîné de Ndiassane » parce qu’il était le premier fils né dans cette localité. Il occupe officiellement le fauteuil de khalife général en 1930. Depuis lors, il demeure à Ndiassane, n’effectuant que de rares déplacements, notamment pour rendre visite à son frère Baye Bouh Kounta établi à Thiariack, dans la région de Kaolack.

Un guide religieux multidimensionnel et autonome

D’après les témoignages de sa famille, Cheikh Sidy Lamine Kounta était un guide religieux hors pair. À sa naissance, son père l’avait surnommé « Gaïndé Ndiassane » (le lion de Ndiassane), voyant en lui un homme courageux et spirituel. Il est le seul khalife de Bouh Kounta à avoir exercé quarante-quatre années de califat, ce qui lui valut le surnom d’« homme aux 44 ans zéro faute », reconnu pour sa rigueur et son autorité morale.

Cheikh Sidy Lamine Kounta était également un homme autonome qui n’attendait rien des autorités. Il fit l’acquisition d’un puissant groupe électrogène pour alimenter tout le village en électricité et fit construire un forage pour l’approvisionnement en eau, amorçant ainsi la modernisation de Ndiassane. Grand agriculteur, éleveur et commerçant possédant plusieurs boutiques à Saint-Louis, ses richesses provenaient exclusivement de ses activités économiques. Chaque jour, il distribuait de la nourriture aux nécessiteux et aidait les familles démunies en leur fournissant des semences lors de l’hivernage.

Très attaché à ses talibés, il les traitait avec une attention particulière, son protocole étant essentiellement composé de disciples. Homme véridique et loyal, il enseignait le respect du Saint Coran, des piliers de l’Islam et l’amour du travail. Il avait horreur de l’injustice et n’hésitait pas à corriger fermement ceux qui s’écartaient de la bonne voie pour les remettre dans le droit chemin.

L’« Étage », la maison mythique de 313 chambres

Parmi ses plus grandes réalisations figure le mythique « Étage » de Ndiassane. Ce bâtiment de type R+2, dont la construction débuta en 1945, est implanté au cœur de la ville. Composé de 313 chambres, d’une salle de conférence, d’une mosquée et d’une cuisine, ce vaste édifice est aujourd’hui occupé par ses petits-enfants. Bien que certaines parties soient en état de délabrement, le bâtiment demeure solide malgré les décennies. L’ouvrage est resté inachevé depuis son décès en 1973, car l’objectif initial était de construire jusqu’à huit étages.

Selon Abdoukhadre Kounta, Cheikh Sidy Lamine Kounta aurait lui-même conçu le plan du bâtiment et supervisé les travaux réalisés par ses talibés. Une dimension mystique entoure cette construction : il se raconte que les travaux avançaient mystérieusement durant la nuit avec l’aide de disciples invisibles. Sur les quatre côtés du bâtiment figurent des noms de Dieu, considérés comme une protection spirituelle. Aujourd’hui, bien que les travaux de réfection attendent d’être lancés, l’« Étage » demeure un symbole fort de l’héritage spirituel et architectural laissé par Cheikh Sidy Lamine Kounta à la communauté khadre.

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