Dakar, 25 mars(SL-INFO) – Dans sa parution de ce mardi, le journal L’Observateur annonce une convocation imminente de Mame Matar Guèye, de l’ONG Jamra. Une convocation qui serait liée à sa déclaration sur la répartition du fonds d’appui à la presse. Selon le journal, Mame Matar Guèye aurait affirmé qu’une part importante du montant aurait été orientée vers des médias jugés favorables au régime en place.

À cet égard, cette convocation ressemble davantage à une judiciarisation de la question, voire à une tentative d’intimidation visant à clore le débat. Si la distribution de l’aide à la presse suscite autant de polémiques, c’est précisément parce qu’on est passé à côté de l’essentiel : la transparence.

Force est de constater que le ministère n’a pas été transparent sur l’utilisation des ressources. On s’attendait à ce que la liste des bénéficiaires soit rendue publique avant toute distribution. D’autant plus que, parmi les critères d’éligibilité, rappelle Habibou Dia, figure l’obligation de « présenter un bilan financier annuel », gage de transparence. Le ministère a donc l’obligation de prêcher par l’exemple en publiant, lui aussi, la liste des bénéficiaires — véritable gage de transparence.

En lieu et place, l’opinion a plutôt droit à une promesse de publication de la part du directeur de la Communication. « Les Sénégalais sauront exactement qui a reçu quoi », promettait-il sur Seneweb le 5 janvier dernier. Bientôt trois mois et la liste reste toujours secrète. De quoi s’interroger sur la réelle volonté de transparence du ministère de la Communication.

Il est certes louable d’annoncer que la liste des bénéficiaires a été réduite de 500 à 120, mais encore faut-il permettre aux Sénégalais d’en juger par eux-mêmes. Cela suppose, idéalement, la publication non seulement de la liste de cette année, mais aussi de celles des années précédentes, que l’ancien régime avait refusé de rendre publiques, tous ministres confondus.

Dès l’annonce de la mise à disposition de l’aide à la presse, le CDEPS avait alerté. Peu importe que son président souffre d’un déficit de légitimité aux yeux des nouvelles autorités — notamment après la fermeture de ses journaux Stade et Sunu Lamb — il reste un acteur du secteur. Mais au-delà des personnes, c’est la pertinence de la question soulevée qui importe. Elle peut d’ailleurs être posée par n’importe quel citoyen, car il s’agit, en définitive, de l’argent public.

Le mépris affiché vis-à-vis du CDEPS (acteur interne), combiné à la convocation de Mame Matar Guèye (acteur externe), donne le sentiment d’un refus d’accepter le débat, quel qu’en soit l’initiateur.

Le CDEPS accuse également le ministère de procéder à la distribution du fonds sans convoquer le conseil de gestion. Or, selon le décret de 2021, il revient à ce conseil « d’approuver les subventions et appuis aux entreprises de presse et aux autres acteurs du secteur ». Rappelons que le patronat de presse, les journalistes, les techniciens des médias et d’autres acteurs y sont représentés. Il s’agit donc d’un organe susceptible de garantir un minimum de transparence.

Au regard des nombreuses critiques formulées par Alioune Sall et ses collaborateurs à l’encontre de l’ancien régime — notamment sur les relations entre la presse et le pouvoir, et sur la gestion de l’aide à la presse — on pouvait s’attendre à une gouvernance plus exemplaire des ressources publiques destinées aux médias.

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