Dakar, 31 mars(SL-INFO)– Dans l’État de Kano, au nord du Nigeria, les déplacements quotidiens des femmes sont souvent exposés à des risques de harcèlement. Pour y remédier, un groupe de citoyennes a mis en place un service de mobilité spécifique qui allie protection personnelle et insertion professionnelle, tout en s’adaptant à la structure sociale conservatrice de la région.

Baptisée « Mata Zalla », ce qui signifie « femmes uniquement » en langue haoussa, cette initiative repose sur l’exploitation de tricycles motorisés. La particularité du projet réside dans son fonctionnement strict : les véhicules sont conduits exclusivement par des femmes et n’acceptent que des passagères. Ce modèle permet de sécuriser les trajets vers les marchés ou les hôpitaux, dans une zone où des services de tricycles distincts existent déjà pour les hommes.

Selon les informations recueillies par l’agence Anadolu, la fondatrice et dirigeante du projet, Hajiya Hauwa Ahmad Tarauni, justifie cette démarche par la nécessité de créer un espace sûr. « Partager un véhicule avec des hommes peut être inconfortable et risqué pour de nombreuses femmes », a-t-elle précisé, soulignant que les usagères sont fréquemment confrontées à de mauvais traitements dans les transports classiques.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, « Mata Zalla » constitue un levier d’autonomisation financière. Le programme cible particulièrement les veuves et les femmes divorcées, des profils qui rencontrent d’importantes difficultés à trouver des soutiens économiques à Kano. Grâce à des sessions de formation à la conduite, elles acquièrent les compétences nécessaires pour intégrer un secteur traditionnellement dominé par les hommes. Pour marquer cette solidarité féminine et accroître leur visibilité dans la circulation, les tricycles de la flotte sont peints en rose.

Le déploiement de ces véhicules n’a pas été immédiat. Notre rédaction note que le projet a d’abord fait face à une forte opposition sociale, la conduite de tricycles par des femmes n’étant pas ancrée dans les habitudes locales. Des campagnes de sensibilisation, menées en porte-à-porte et via des émissions de radio, ont été nécessaires pour faire progressivement accepter l’initiative par la population.

Aujourd’hui, le principal obstacle au développement de « Mata Zalla » reste d’ordre matériel et financier. Hajiya Hauwa Ahmad Tarauni a lancé un appel aux investisseurs et aux autorités, signalant que de nombreuses femmes ont achevé leur formation à la conduite mais demeurent inactives, faute de véhicules disponibles pour démarrer leur activité.

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