Dakar, 01 mars(SL-INFO) – Et si le véritable frein à l’essor économique des femmes en Afrique de l’Ouest se trouvait à la maison ? Dans son nouvel ouvrage, le Professeur François Joseph Cabral, alias Joe Cabral, met à nu une réalité souvent ignorée. Il s’agit de la garde d’enfants qui, selon lui, reste l’un des principaux obstacles à l’émergence d’une classe moyenne féminine solide dans l’espace UEMOA. Intitulé « La contrainte de garde d’enfants, un frein à l’essor de la classe moyenne féminine », ce livre collectif, publié aux Presses universitaires de Dakar, dissèque les trajectoires de femmes au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Bénin. Le constat est sans appel : « sans solutions de garde accessibles, difficile pour les femmes de s’imposer durablement sur le marché du travail ». Économiste, François Joseph Cabral est spécialiste des questions de croissance et de marché du travail. Il dirige le LINC à l’UCAD et coordonne le CRES, tout en pilotant le projet de l’Université du Sénégal Oriental.
Travailler… ou garder les enfants
Depuis deux décennies, la croissance économique a fait émerger une classe moyenne en Afrique. Mais derrière cette dynamique, une inégalité persiste. Les femmes travaillent davantage, certes, mais restent piégées par un déséquilibre structurel : elles portent l’essentiel des tâches domestiques. « Entre emploi et famille, le choix est souvent imposé. Et il se fait rarement en faveur de la carrière », dit-il. Et d’ajouter : « dans la majorité des pays étudiés, les femmes évoluent dans le secteur informel ou restent en marge du marché du travail. Les jeunes, en particulier, sont durement touchées ; beaucoup ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’école ». À l’en croire, cela entraîne « une perte sèche pour les économies nationales, qui se privent ainsi d’un moteur de croissance ».
Une équation simple : pas de garde, pas d’emploi
L’ouvrage met en évidence un levier clé : la disponibilité des services de garde d’enfants. Là où ces structures existent et sont accessibles, les femmes travaillent davantage. Là où elles font défaut, elles restent à la maison. Un arbitrage contraint, dicté par le coût, le temps et l’absence d’alternatives. Au-delà du diagnostic, Joe Cabral appelle à l’action. Investir dans les crèches, structurer une offre de garde, soutenir le secteur privé : autant de pistes pour libérer le potentiel économique des femmes. Dans un engagement concret, l’auteur annonce que les revenus du livre serviront à financer une crèche au sein de la future Université du Sénégal Oriental.
L’ouvrage s’ouvre également sur un hommage appuyé à Eugénie Rokhaya Aw, figure majeure du journalisme et de la recherche au Sénégal. Militante, intellectuelle et pionnière, elle a consacré sa vie à la cause des femmes et à la transmission du savoir.
