Dakar , 10 avril (SL-INFO) La célèbre application de mobile money, Wave, a déployé les grands moyens lors de la 4e édition du Gitex Afrique Maroc à Marrakech. Emmenée par El Hadji Malick Gueye, directeur général de Wave Sénégal, la société est venue dans la ville ocre avec l’intention de présenter son développement dans le pays de la Teranga mais aussi, et surtout, en donnant la chance à des startups sénégalaises de participer à cet évènement. Dans cet entretien exclusif accordé à Seneweb, El Hadji Malick Gueye revient sur les raisons de leur présence au Gitex et dévoile les perspectives ambitieuses de Wave au Sénégal.

Wave est devenu un habitué du GITEX Africa Maroc. Pourquoi êtes-vous encore présent cette année et que venez-vous chercher concrètement ?

Nous sommes très ravis de revenir pour cette édition. Il s’agit effectivement de la deuxième participation pour Wave. Je pense qu’il y a aujourd’hui deux éléments qui motivent cette présence.

Le premier, c’est déjà d’accompagner, car nous ne sommes pas venus seuls. Nous sommes venus avec quelques entrepreneurs et startups sénégalaises pour leur faire découvrir ce qui se passe au-delà des frontières du Sénégal et ce qu’elles peuvent aujourd’hui emprunter de ce qui se fait de mieux dans le monde afin de proposer des services à la pointe pour la population sénégalaise.

Mais pour nous, il est aussi important de venir montrer ce que nous faisons au Sénégal. J’estime qu’avec la population sénégalaise, nos chers clients, nous sommes en train de bâtir et d’écrire une très belle histoire. Il est important aujourd’hui de la montrer afin de pouvoir, en parallèle, échanger avec d’autres acteurs et voir ce qui se fait ailleurs dans le monde, puis le combiner avec notre expertise locale.

Chez Wave, nous croyons beaucoup à cette approche locale. Donc, expertise globale, expertise locale, mais aussi toute cette mise en place sur le terrain qui permet de proposer des services de pointe. D’où aujourd’hui notre participation au GITEX, avec un thème très actuel, notamment l’intelligence artificielle générative, qui est l’un des éléments sur lesquels nous nous appuyons énormément pour améliorer nos dispositifs de sécurité et de conformité réglementaire, entre autres.

À l’issue de ces trois jours, quel bilan dressez-vous ?

Nous sommes totalement satisfaits, déjà par tout l’engouement qui s’est créé autour du pavillon Sénégal, et pas seulement au niveau du stand Wave.

Nous avons eu l’honneur et le privilège de recevoir des autorités, même d’autres pays, qui s’intéressent réellement à nos produits, mais aussi à un éventuel déploiement dans leurs pays. Nous sommes donc très fiers aujourd’hui de cette organisation. Nous avons également participé à des panels de haut niveau. Ce fut l’occasion, encore une fois, de démontrer tout le génie, l’expertise et l’innovation que nous ressentons aujourd’hui au Sénégal.

À certains endroits de cet événement, sur des affiches, on peut remarquer la mention de Wave. Êtes-vous partenaire de cet événement ?

Nous sommes partenaires du GITEX et, pour nous, c’était une forte volonté de démontrer que nous pouvons servir d’exemple à l’écosystème sénégalais.

Il y avait jusqu’ici une sorte de plafond de verre, souvent maintenu par des startups ou des écosystèmes anglophones. À notre niveau, nous sommes en capacité de nouer des partenariats à très haut niveau.

Aujourd’hui, nous parlons effectivement du GITEX, où nous avons eu une contribution active dans l’organisation de cette édition. Mais au-delà, il y a d’autres partenariats que nous sommes en train de renforcer, notamment avec la Basketball Africa League, qui propulse justement notre produit et le « Made in Sénégal » à des niveaux panafricains et même au-delà.

Wave Sénégal n’est pas venu seul. Parlez-nous des entreprises qui vous accompagnent à cet événement et pourquoi est-ce si important pour vous de le faire ?

Pour nous, il y a deux axes. Il y a d’abord un axe de capacitation, parce qu’il est important de veiller à ce que ces startups que nous avons accompagnées puissent être dans les meilleures conditions pour accélérer leur développement et proposer des services de pointe. Ensuite, il est aussi important pour nous de pouvoir être de bons conseils pour ces entreprises qui vivent aujourd’hui des situations que nous avons probablement connues dans un passé encore récent. Qu’il s’agisse de Kom Kom, d’Assuraf ou encore d’Expertise IS, ce sont quatre structures pour lesquelles le choix a été très difficile, au regard de la panoplie de possibilités que nous avions.

Pour nous, il s’agit aujourd’hui de les accompagner, de les mettre en capacité, de leur donner l’opportunité de voir autre chose et de les aider, autant que faire se peut, dans leur dynamique de croissance. Globalement, c’est une initiative beaucoup plus large pour Wave. Elle consiste à contribuer, autant que possible, à l’éclosion de l’écosystème des startups et du numérique au Sénégal. C’est notre manière de redonner à l’écosystème (give back) et de contribuer au mieux, au regard de l’expérience que nous avons pu glaner durant ces dernières années.

Quelle est votre ambition à long terme pour Wave au Sénégal et en Afrique ?

Nous restons cohérents et conformes au plan que nous avons défini qui est de contribuer à faire du continent africain un continent suffisamment cashless. Cela passe forcément par une forte adoption des produits digitaux, raison pour laquelle nous continuons à adresser les besoins de nos clients au jour le jour. Pour nous, l’innovation, même si certains la confinent à la technologie, n’a de sens que si elle permet de résoudre les problèmes quotidiens de nos usagers. Nous avons par exemple des cas concrets, notamment avec le BRT, où il est possible d’acheter rapidement son ticket à partir de l’application. Même chose pour le TER. Très récemment, en janvier, nous avons lancé la carte Virtual Visa. Cela correspond justement à cette troisième génération de produits que nous sommes en train de mettre en place, qui consiste à proposer des services financiers plus avancés.

Notre dynamique reste donc la même. Nous avons commencé cette année avec la carte Visa, que nous avions d’ailleurs annoncée l’année dernière lors du GITEX, et très prochainement d’autres produits viendront. Nous préférons ne pas en dire plus, mais il y a encore des surprises qui attendent les utilisateurs sénégalais et sénégalaises.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’inclusion financière au Sénégal ?

La dynamique est bonne. Franchement, nous sommes dans une dynamique que beaucoup de pays nous envient aujourd’hui. Si l’on prend le cas du Sénégal et de Wave, nous avons une population d’environ 18 millions de Sénégalaises et de Sénégalais. Selon les dernières statistiques de l’ANSD, 54 % de la population est adulte, soit environ 11 millions de personnes. Si nous regardons le nombre d’utilisateurs actifs que nous avons chaque mois, qui tourne autour de 10 millions, cela démontre qu’environ 90 à 95 % de la population adulte sénégalaise utilise aujourd’hui nos outils au quotidien. C’est énorme et cela en dit long sur le niveau de familiarisation et d’adoption des produits numériques par les Sénégalais et les Sénégalaises. C’est une tendance que beaucoup de pays nous envient et qu’il nous faut absolument maintenir.

Pour cela, nous devons continuer à respecter le triptyque que j’ai évoqué : le bon produit, le bon coût et la simplicité. Mais nous devons aussi pouvoir compter sur les autorités légales et réglementaires afin d’avoir le cadre réglementaire, fiscal et l’écosystème nécessaire pour permettre cette éclosion. Nous sommes très ravis de voir la dynamique lancée par le ministère de l’Économie numérique à travers le New Deal technologique. Nous avons déjà vu certains premiers chantiers aboutir. Avec des projets comme le Digital ID, nous estimons être en capacité de pousser l’innovation encore plus loin, à des niveaux encore plus intéressants pour la population.

Quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs technologiques africains ?

Je dirais que ce sont surtout des enseignements tirés de notre vécu chez Wave, et je les articulerais autour de trois points. Le premier, c’est de toujours s’assurer que le produit proposé a le bon « product market fit », c’est-à-dire que les solutions proposées ne soient pas simplement importées et appliquées, mais qu’elles répondent réellement à un besoin des usagers. Le deuxième élément, c’est de veiller à ce que la simplicité soit au rendez-vous. Simplicité ne veut pas dire absence de sophistication, mais plutôt simplicité d’utilisation et d’expérience utilisateur, afin d’assurer un bon niveau d’adoption. Le troisième élément, c’est de veiller, autant que possible, à ce que le coût soit abordable. C’est extrêmement important si l’on veut passer à l’échelle et atteindre rapidement des volumes importants.

Selon vous, quel rôle doit jouer la résilience pour un entrepreneur, notamment dans le monde numérique ?

La résilience, je pense que c’est le maître mot, surtout dans nos régions où nous devons tenir compte de nombreux paramètres. On peut poursuivre une aventure entrepreneuriale en développant des produits innovants, mais il faut aussi tenir compte de l’écosystème dans lequel on évolue. Celui-ci est légal, réglementaire, fiscal et économique.

Il est donc indispensable d’être capable de gérer cet environnement.

C’est bien d’avoir une solution et d’innover, mais il est tout aussi important d’être capable d’interagir efficacement avec son environnement d’affaires.

Entretien réalisé par Moustapha TOUMBOU

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