Dakar , 10 avril (SL-INFO) Le 7 avril 2026, le Sénégal a franchi une étape importante dans la régulation de son secteur extractif avec le lancement du Fonds de Réhabilitation des Sites Miniers et de Carrières (FRSMC). Lors d’un atelier stratégique tenu à Dakar, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, a insisté sur un point central la contribution à ce fonds constitue une obligation légale et non une simple option, comme le rappelle le ministère dans un communiqué officiel.
Créé dans le cadre du Code de l’environnement, ce mécanisme vise à garantir la disponibilité de ressources financières pour restaurer les écosystèmes dégradés par les activités minières. Il s’inscrit dans une volonté affichée des autorités de renforcer la responsabilité environnementale des entreprises titulaires de permis et de mieux encadrer les impacts d’un secteur clé pour l’économie nationale.
Au-delà de l’annonce institutionnelle, une question essentielle se pose désormais celle de l’application effective de cette obligation, en particulier vis-à-vis des entreprises dont les activités ont généré les dommages les plus importants.
Dans ce contexte, le cas du groupe français Eramet apparaît comme emblématique. Sa filiale Eramet Grande Côte, anciennement GCO, fait depuis plusieurs années l’objet de critiques récurrentes de la part des communautés locales. Ces dernières dénoncent la dégradation des terres agricoles, la perte de cultures vivrières comme le manioc et la banane, ainsi que des menaces pesant sur les ressources en eau. Des déplacements forcés de populations ont également été signalés dans les zones d’exploitation.
Ces accusations ont été relayées par plusieurs organisations et plateformes spécialisées, notamment dans une enquête.
Dans ces conditions, la crédibilité du FRSMC dépendra largement de la capacité des autorités à imposer une contribution prioritaire aux acteurs les plus impliqués dans la dégradation des écosystèmes. Si des groupes comme Eramet ne figurent pas parmi les premiers et principaux contributeurs, le risque est grand de voir ce dispositif réduit à une formalité administrative sans réel impact sur le terrain.
Le gouverneur de Thiès, Saër Ndao, a d’ailleurs rappelé lors de l’atelier que les activités minières, bien qu’essentielles à la croissance, entraînent des conséquences profondes sur les équilibres sociaux et environnementaux. Il a insisté sur la nécessité de faire de la réhabilitation un levier de justice sociale et de résilience pour les territoires affectés.
Ainsi, le lancement du fonds marque une avancée réglementaire notable. Mais son efficacité se mesurera à l’aune des contributions réelles des entreprises les plus polluantes et de la capacité de l’État à faire respecter le principe fondamental du pollueur-payeur.
