Dakar, 29 juin (SL-INFO) Lorsqu’un État de l’UEMOA émet des obligations pour financer son budget, lorsqu’une entreprise cherche à lever des capitaux auprès des investisseurs ou lorsqu’un particulier achète des actions à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), ces opérations ne se déroulent pas dans un vide réglementaire. Derrière le fonctionnement quotidien du marché financier régional se trouve une institution chargée de veiller à la transparence, à la protection des investisseurs et au respect des règles du jeu. Cette institution est le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers, plus connu sous l’acronyme CREPMF.

Créé en 1996 dans le cadre de la construction du marché financier régional de l’UEMOA, le CREPMF est l’autorité de régulation qui supervise les activités boursières dans les huit États membres de l’Union. Son siège est établi à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où se trouve également la BRVM, l’une des rares bourses régionales au monde.

L’existence d’un régulateur est indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers. Les investisseurs acceptent d’acheter des actions ou des obligations parce qu’ils ont confiance dans les informations qui leur sont communiquées et dans les règles qui encadrent les opérations. Sans cette confiance, les marchés perdraient rapidement leur capacité à mobiliser l’épargne et à financer l’économie.

Le CREPMF intervient précisément pour garantir cette confiance. Avant qu’une entreprise ou un État puisse solliciter l’épargne du public, l’opération doit être examinée et autorisée selon les règles applicables. L’institution vérifie notamment la qualité des informations fournies aux investisseurs afin que ceux-ci puissent prendre leurs décisions en connaissance de cause.

Cette mission a pris une ampleur croissante au cours des dernières années. Le marché financier régional connaît une expansion rapide portée à la fois par les besoins de financement des États et par le développement progressif du secteur privé.

Les chiffres illustrent cette montée en puissance. À la fin du premier semestre 2026, la capitalisation boursière de la BRVM dépassait 11 000 milliards F CFA pour les actions et plus de 11 500 milliards F CFA pour le compartiment obligataire. Une décennie plus tôt, ces montants étaient nettement inférieurs. Cette progression traduit l’importance croissante du marché financier dans le financement des économies de l’Union.

Le CREPMF ne supervise pas uniquement les sociétés cotées. Son champ d’action couvre également les sociétés de gestion et d’intermédiation, les sociétés de gestion d’actifs, les organismes de placement collectif, les apporteurs d’affaires ainsi que l’ensemble des professionnels intervenant sur le marché financier régional.

Cette surveillance est essentielle parce que les marchés financiers reposent largement sur la circulation de l’information. Lorsqu’une entreprise publie ses résultats financiers ou lorsqu’un État présente sa stratégie d’endettement, les investisseurs utilisent ces données pour évaluer les risques et les opportunités. Toute information trompeuse ou incomplète peut conduire à de mauvaises décisions d’investissement et fragiliser la crédibilité du marché.

Le régulateur dispose ainsi de pouvoirs de contrôle et de sanction. En cas de manquement aux règles du marché, il peut engager des procédures disciplinaires à l’encontre des acteurs concernés. Cette capacité d’intervention vise à préserver l’intégrité du marché et à protéger les investisseurs.

Les États figurent aujourd’hui parmi les principaux utilisateurs du marché financier régional. Selon UMOA-Titres, l’encours des titres publics émis sur le marché régional dépassait 20 000 milliards F CFA en 2025. Les émissions de bons du Trésor, d’obligations assimilables du Trésor et d’appels publics à l’épargne sont devenues un instrument majeur de financement des budgets nationaux.

Cette évolution explique pourquoi la régulation du marché revêt une dimension macroéconomique. Lorsque les investisseurs ont confiance dans le cadre réglementaire, les États peuvent accéder plus facilement aux financements dont ils ont besoin. À l’inverse, toute dégradation de cette confiance peut entraîner une hausse du coût du financement ou une réduction de l’appétit des investisseurs.

Le secteur privé occupe lui aussi une place croissante. Plusieurs entreprises de la région ont recours à la BRVM pour financer leur développement, tandis que les fonds d’investissement, les compagnies d’assurance et les caisses de retraite augmentent progressivement leur présence sur le marché.

Les fonds de pension et les assureurs constituent d’ailleurs des acteurs de plus en plus influents. Les ressources qu’ils gèrent se chiffrent en milliers de milliards F CFA à l’échelle régionale. Une partie de ces capitaux est investie dans des obligations publiques, des obligations d’entreprises ou des actions cotées. Le rôle du CREPMF consiste également à s’assurer que ces investissements s’effectuent dans un environnement réglementaire solide.

L’émergence des obligations vertes, des obligations durables et des instruments de finance islamique comme les sukuk a également élargi le périmètre d’intervention du régulateur. Ces nouveaux produits financiers répondent à des besoins spécifiques, mais nécessitent eux aussi des règles de transparence adaptées afin de garantir la crédibilité des émissions.

Le CREPMF participe ainsi à une fonction souvent résumée par une formule simple : protéger l’épargne investie sur le marché financier. Derrière cette mission se cache en réalité un enjeu économique beaucoup plus vaste. Le développement des marchés de capitaux constitue l’un des leviers permettant de mobiliser l’épargne régionale au service du financement des entreprises, des infrastructures et des États.

Dans une Union où les besoins d’investissement se chiffrent en milliers de milliards de F CFA chaque année, la capacité à attirer l’épargne vers des projets productifs dépend largement de la confiance accordée aux institutions du marché. C’est précisément dans cette perspective que le CREPMF occupe une place aussi stratégique dans l’architecture financière de l’UEMOA. Sans cette supervision, le développement du marché financier régional serait beaucoup plus difficile et le financement de l’économie dépendrait encore davantage du seul crédit bancaire.

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