Dakar, 13 juil (SL-INFO) – « Comment l’État islamique construit son bastion au Mozambique ? » C’est l’objet du rapport de l’organisation ACLED sur les « nouvelles stratégies » du groupe terroriste dans la province du Cabo Delgado. Implantés sur une zone qui s’étend sur plus de 100 km le long de la côte et 50 km vers les terres, les insurgés cherchent à conquérir une « légitimité sociale » auprès des habitants. Acled pointe une approche moins violente de la part du groupe terroriste, afin de gagner la confiance des locaux. Quelles sont les grandes lignes de la stratégie de l’EI décrites dans le rapport ? « L’État islamique au Mozambique (EIM) cherche à créer une enclave côtière [dans la province du Cabo Delgado] » et tente de renforcer son influence « par la prédication, la coercition et le rapprochement avec les communautés locales », annonce le rapport.

L’approche de ces dernières années est « moins violente », souligne le rapport, alors que jusqu’en 2022, les attaques terroristes étaient « brutales », allant jusqu’à la décapitation d’une cinquantaine d’habitants lors d’un seul incident, à Muatide en 2020.

Ce changement de stratégie est lié, selon Acled, à un important retournement de situation. En 2021, l’État islamique était proche de la défaite après l’intervention militaire du Rwanda et de la Mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SAMIM).

Ces opérations ont permis de démanteler plusieurs bases insurgées dans le sud de Mocímboa da Praia, de repousser les combattants hors de la ville, et de réduire fortement leurs effectifs. L’État islamique a donc dû adapter ses méthodes.

Autre explication : des critiques se sont fait entendre au sein même du groupe. Une grande partie de ses membres vient des villes et villages de Cabo Delgado, ce qui aurait rendu les attaques contre les populations locales difficiles à accepter. L’actuel commandant opérationnel, Farido Suleimani, est lui-même originaire de Mocímboa da Praia, à quelques kilomètres du centre de commandement de l’EIM.

Prédication et tentative d’influence sur les populations locales
De plus, le rapport indique que pour gagner en légitimité, les insurgés vont à la rencontre des civils, dans les mosquées notamment. Selon les vidéos visualisées par Acled, leurs discours portent sur des thèmes comme « la loyauté, l’application de la charia et le danger des liens avec les non-croyants ».

Les insurgés présentent l’État islamique comme une autorité légitime, opposée au Frelimo, le parti au pouvoir qui gouverne depuis Maputo, à plusieurs centaines de kilomètres de là. À cela s’ajoute le « manque de résultats efficaces des forces rwandaises et mozambicaines », ce qui fragilise la confiance des populations et renforce la méfiance vis-à-vis des multinationales présentes dans la région, comme TotalEnergies, en raison des importantes réserves de gaz.

Les forces mozambicaines ont par ailleurs été accusées à plusieurs reprises de violences contre des civils pendant leurs opérations militaires. En mars, un habitant d’un village côtier déclarait à un journaliste : « Lorsque nous tombons sur des militaires, notre cœur s’emballe. Il vaut mieux rencontrer des insurgés que des soldats ». Le rapport termine sur une note peu optimiste. « Ni en Somalie ni en République démocratique du Congo, les affiliés de l’État islamique ne sont aussi proches de contrôler une population civile qu’au Mozambique ».

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