Dakar, 22 juil (SL-INFO) – À Soumbédioune, sur la corniche ouest de Dakar, la mer reste au cœur de la vie quotidienne. Chaque jour, pêcheurs, vendeurs et autres acteurs du secteur se retrouvent sur cette plage, connue pour son activité halieutique. Mais derrière cette animation se cache une réalité beaucoup plus difficile. Entre la raréfaction du poisson, la pollution, la pêche illicite et le manque de moyens, les pêcheurs tirent la sonnette d’alarme.
Sur place, les témoignages recueillis révèlent un malaise profond. Pour certains pêcheurs, les problèmes sont aujourd’hui plus nombreux que les solutions. « Ce qui fonctionne est largement minoritaire par rapport à ce qui ne fonctionne pas. La plage est sale, les magasins sont vieux et il n’y pas de toilettes », déplore Issa Diène, pécheur trouvé assis au bord de la plage.
La pollution de la mer constitue une préoccupation majeure. Les déchets présents dans l’eau affectent directement les poissons et, par conséquent, les pêcheurs. « On est à un stade où la mer est rempli de déchets, cela affecte les poissons ainsi que nous les pêcheurs. De manière générale, la plage de Soumbédioune devrait être l’endroit avec le plus de poissons car c’est rempli de pierres et c’est là où les poissons reproduisent le plus», explique le pêcheur.

Face à cette situation, la comparaison avec d’autres pays est parfois évoquée. « Si on est à un stade où même la Mauritanie a plus de poissons que nous c’est parce qu’ils ont une charte et des règles qu’ils respectent et même quand les pêcheurs sénégalais y vont, ils les chassent car ils pratiquent une pêche illicite. Leur pêche à eux est mieux organisée. Il y a des mois où ils ferment complétement leur mer » dit-il.
Pour les pêcheurs, la protection de la ressource passe aussi par un meilleur contrôle des activités en mer. Les bateaux et certaines pratiques de pêche sont particulièrement pointés du doigt. « Les bateaux ne jouent pas en notre faveur, ils doivent avoir une limite à ne pas dépasser. Avec la licence de pêche, s’il n’y a pas de surveillance, ça ne sera pas bon pour les pêcheurs», estime Issa Diène.
Le poisson devenu un produit de luxe
À la raréfaction de la ressource s’ajoute la hausse des prix. Pour les ménages comme pour les pêcheurs, le poisson est devenu de plus en plus difficile d’accès. « La viande est beaucoup moins chère que le poisson aujourd’hui au Sénégal. Un poisson qui coûtait 100 Fcfa coûte maintenant 500 Fcfa, quatre poissons coûtent 2500 Fcfa. Les ménages sont devenus difficiles», témoigne le pêcheur.
Cette hausse des prix est perçue aussi comme le résultat de plusieurs difficultés qui touchent le secteur. Pour les pêcheurs, la question de l’accès au matériel reste également essentielle. « L’Etat doit nous aider dans le cadre matériel à savoir les machines. Sous le régime de Macky Sall, les pêcheurs donnaient une partie de la somme et on leur fournissait des machines. En travaillant, ils remboursaient petit à petit la somme restante. Aujourd’hui, les machines sont chères et les prix ont doublé », souligne-t-il.
Il appelle donc les autorités à accorder une attention particulière à la plage de Soumbédioune, considérée comme un important lieu d’apprentissage de la pêche. « La plage de Soumbédioune est le cœur de l’apprentissage de la pêche donc le ministre doit s’y rendre en personne ; histoire de mesurer les dégâts et prendre les mesures nécessaires», plaide-t-il.

Le pêcheur demande aussi la mise en place de moyens permettant de lutter contre les pratiques illégales. « La mairie ne nous aide pas, je lance donc un appel au ministre, s’il veut nous aider, il doit prendre des mesures contre le gaspillage, notamment la pêche illicite. Les pêcheurs, la nuit, détruisent la mer de même que les plongeurs avec des bouteilles » dénonce-t-il.
Il réclame également l’installation d’un poste de police au niveau de la plage, ainsi que la mise en place de navires de surveillance et de radars pour mieux contrôler les activités en mer.

