Dakar, 7 août (SL-INFO) – Loin des quais et des marchés de poissons, un autre combat se joue dans le secteur de la pêche : celui des droits des hommes et des femmes qui prennent la mer. Violences, harcèlement, salaires insuffisants et conditions difficiles à bord des navires étrangers sont désormais au cœur du plaidoyer syndical.
Réunis, ce vendredi 7 août 2026, au Centre national des travailleurs du Sénégal Keur Madia Diop, des syndicats du secteur de la pêche ont participé à une session de renforcement des capacités consacrée à la promotion du travail décent, au recrutement équitable et à la création de lieux de travail sûrs et respectueux des droits humains.
Organisée par la section pêche de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), cette rencontre vise à mieux outiller les organisations syndicales afin qu’elles puissent défendre efficacement les travailleurs face aux risques de violences, de harcèlement et d’exploitation dans le milieu professionnel.
Au centre des échanges : la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), un instrument international destiné à prévenir et combattre la violence et le harcèlement dans le monde du travail.
Pour Matilda, coordinatrice de projet de la section pêche de l’ITF, cette convention représente un outil essentiel pour protéger les travailleurs, bien au-delà des seuls espaces professionnels.
« La Convention 190 ne concerne pas seulement le monde du travail. Elle prend aussi en compte les situations liées aux déplacements des travailleurs, notamment les transports utilisés pour se rendre au travail, afin qu’ils puissent être protégés contre les violences et le harcèlement », explique-t-elle.
L’égalité entre les femmes et les hommes dans les structures syndicales figure également parmi les priorités de cette initiative. Selon la représentante de l’ITF, il est nécessaire de renforcer la présence des femmes dans les organisations syndicales afin qu’elles puissent pleinement participer aux décisions.
« Les bailleurs norvégiens souhaitent que l’ITF accompagne les femmes pour qu’elles prennent leur place dans des syndicats forts. Pour cela, il faut éliminer les barrières qui empêchent leur participation », souligne-t-elle.
Mais derrière cette formation se cache une autre réalité : celle des conditions de travail des marins sénégalais employés sur des navires étrangers.
L’ITF alerte sur les difficultés rencontrées par certains travailleurs, notamment en matière de conditions de vie à bord, de rémunération et de respect des droits sociaux.
« Nous sommes ici pour travailler avec les syndicats afin qu’ils puissent se mobiliser pour obtenir de meilleures conditions à bord des bateaux européens et construire un rapport de force face aux employeurs qui profitent parfois de la vulnérabilité des travailleurs », affirme Matilda.
L’organisation plaide ainsi pour une mobilisation collective des syndicats et appelle également l’État du Sénégal à ratifier la Convention 190 de l’OIT afin de renforcer la protection juridique des travailleurs contre les violences et le harcèlement.
Cette rencontre intervient dans un contexte où le secteur de la pêche sénégalaise fait face à plusieurs défis : gestion durable des ressources, pression économique, mais aussi amélioration des conditions sociales de milliers d’hommes et de femmes qui dépendent de cette activité.
Pour l’ITF, la construction de syndicats plus solides constitue une étape indispensable pour permettre aux travailleurs de mieux faire entendre leur voix et défendre leurs droits face aux employeurs.
