Dakar, 18 sept (SL-INFO) – À Dakar, comme dans plusieurs localités du pays, les coupures d’électricité rythment de nouveau le quotidien des populations. Entre activités professionnelles interrompues, appareils électroménagers à l’arrêt et dépenses supplémentaires pour faire face aux délestages, les usagers expriment leur exaspération et réclament davantage de visibilité.
Il suffit parfois de quelques minutes pour que le quotidien bascule. Un ventilateur s’arrête, le routeur internet s’éteint, les téléphones commencent à afficher une batterie faible et les activités sont mises en pause. Depuis plusieurs semaines, des citoyens signalent une multiplication des coupures d’électricité dans plusieurs quartiers de Dakar et dans d’autres localités du pays.
Pour beaucoup d’usagers, le plus difficile n’est pas seulement le fait de perdre le courant. C’est de ne pas savoir quand il va partir, ni quand il reviendra. Dans plusieurs quartiers, les habitants disent avoir du mal à organiser leurs journées.
Domicilié au quartier Carrière de Thiès, Abib explique que les interruptions perturbent désormais son organisation familiale. « On peut avoir le courant et, quelques minutes plus tard, tout s’arrête. Le problème, c’est qu’on ne sait pas combien de temps cela va durer. On finit par toujours prévoir une lampe, charger les téléphones et mettre les appareils de côté. »
Un autre habitant du quartier déplore surtout l’imprévisibilité des coupures. « Si on savait à l’avance qu’il y aura une coupure entre telle heure et telle heure, on pourrait s’organiser. Mais parfois, le courant disparaît au moment où on en a le plus besoin. »
Les travailleurs paient directement le prix des coupures
Pour les personnes qui travaillent à domicile, les conséquences peuvent être immédiates. Ordinateurs, connexion internet, imprimantes, équipements professionnels : de nombreuses activités dépendent aujourd’hui directement de l’électricité.
« Je travaille avec mon ordinateur et j’ai besoin d’une connexion internet. Quand le courant coupe, je peux parfois continuer quelques minutes grâce à la batterie, mais lorsque la coupure se prolonge, je suis obligé d’arrêter. Cela peut me faire perdre plusieurs heures de travail », confie Aly, un étudiant qui suit ses cours en ligne.
Chez les indépendants, chaque heure d’arrêt peut également représenter un manque à gagner. Un coiffeur, un tailleur, un soudeur ou un menuisier ne peut pas toujours poursuivre son activité sans électricité. Pour ces travailleurs, la répétition des interruptions peut donc directement affecter les revenus.
La galère de certains ménages
Face aux coupures, certains ménages cherchent des solutions alternatives. Mais celles-ci ont un coût. Batteries, onduleurs, lampes rechargeables ou groupes électrogènes sont devenus, pour certains foyers, des équipements de secours.
« Nous avons dû acheter des powers bank pour pouvoir recharger les téléphones et avoir un peu de lumière lorsque le courant part. Ce sont des dépenses supplémentaires. Tout le monde n’a pas les moyens de s’équiper », s’indigne Bocar.
Les commerçants redoutent les pertes
Dans les commerces, les coupures peuvent avoir des conséquences encore plus lourdes. Les boutiques qui utilisent des congélateurs ou des réfrigérateurs doivent notamment composer avec le risque de détérioration des produits lorsque les interruptions se prolongent.
« Quand le courant coupe pendant plusieurs heures, nous sommes obligés de surveiller les produits. Pour certains aliments, une longue interruption peut poser problème. Nous avons déjà eu des marchandises qui ont été affectées », lance le boutiquier Malick.
Pour les petits commerces, la difficulté est également liée à l’impossibilité de travailler normalement. « Quand le courant part, certaines machines ne fonctionnent plus. Les clients attendent ou repartent. À la fin de la journée, cela se ressent sur les recettes », déplore Alima, une vendeuse de jus.
« Même dormir devient difficile »
Dans les ménages dépourvus de solutions alternatives, les coupures nocturnes sont particulièrement éprouvantes, surtout pendant les périodes de forte chaleur. Sans ventilateur ni climatiseur, les conditions de sommeil peuvent rapidement devenir inconfortables.
« Quand le courant coupe pendant la nuit, toute la maison se réveille. Avec la chaleur, les enfants ont du mal à dormir. On attend simplement que le courant revienne », raconte le vieux Lamine.
Au-delà de leur colère ou de leur frustration, plusieurs usagers disent surtout vouloir comprendre. Pourquoi les coupures se multiplient-elles ? Sont-elles liées à des travaux, à des incidents techniques, à un déficit de production ou à des problèmes sur le réseau ? Quelle est leur durée prévue ?
Pour les citoyens interrogés, une meilleure information permettrait déjà de réduire une partie des difficultés.
« Nous pouvons comprendre qu’il y ait des problèmes techniques. Mais il faut nous expliquer ce qui se passe et nous donner une idée de la durée des coupures. C’est surtout cette incertitude qui est difficile à supporter », estime ce vieux.
De la panne occasionnelle au ras-le-bol quotidien
Dans les témoignages recueillis, un même sentiment revient : la peur de voir les coupures s’installer durablement dans les habitudes. Pour les populations concernées, l’électricité conditionne aujourd’hui presque tout : conserver les aliments, travailler, étudier, communiquer, se déplacer dans certains commerces et même se reposer.
Chaque coupure a donc son coût, qu’il soit économique, matériel ou simplement humain. Et lorsque les interruptions se répètent, les citoyens ne demandent plus seulement le retour du courant. Ils réclament surtout un service stable, une information claire et des réponses sur les mesures prises pour éviter que les délestages ne deviennent une nouvelle routine.
