Dakar, 14 août (SL-INFO) – Quinze jours après l’entrée illégale de 72 000 migrants à Ceuta, un nouvel appel à traverser la frontière circule sur les réseaux sociaux. Et il est pris au sérieux par les autorités du Maroc, comme par celles de l’enclave espagnole, située tout au nord du continent africain. Le ministère de l’Intérieur marocain promet que toutes les mesures nécessaires sont prises pour éviter les passages illégaux. À Fnideq, la ville à la frontière, côté marocain, des mesures de sécurité renforcées.
Cette fois, au moins cinq camions de police sont postés à ce point stratégique, mais aussi un blindé et sur les contreforts de cette route, des hommes en uniforme sont postés tous les 50 mètres. Des parasols ont même été installés pour ces policiers qui vont passer de longues heures au soleil ces prochains jours.
Des contrôles dans les environs de Fnideq
Les contrôles sont opérés également dans les environs de Fnideq. Dès la ville de Tanger, des barrages filtrants contrôlent les autocars, et les grands taxis en particulier, à la recherche des jeunes « harragas », les brûleurs, comme on appelle ici les candidats au départ. Entre Tanger et Fnideq, notamment sur les hauteurs boisées de la ville-frontière, au niveau de la forêt de Belyounech, il y avait un nombre incalculable de véhicules des forces de sécurité, que ce soit la gendarmerie royale, la police ou ce qu’on appelle ici « les forces auxiliaires », des forces de gestion de foule, habituées à l’usage de la force, et des agents en civil.
Dans cette station balnéaire où les touristes sont très nombreux l’été, des centaines de personnes se délassaient sur la plage, d’autres étaient attablés dès jeudi dans les restaurants, ou transportaient un parasol ou une bouée dans les rues de la ville. L’activité touristique, en pleine période estivale, n’a pas perdu de sa vigueur à Fnideq. Mais personne ne peut ignorer l’énorme dispositif sécuritaire dans les rues de la ville depuis quelques jours, comme Wissem, serviette autour du cou, rentrant de la plage. « Ça a vraiment changé. Parce qu’avant, quand on venait chaque année, il n’y avait pas autant de police comme ça, ni autant de services de sécurité. Cette année, il y a beaucoup plus de police. »
Des habitants toujours choqués
Malgré les apparences, les habitants restent profondément marqués par le drame d’il y a 15 jours. Cet enseignant a vu un corps recraché par la mer s’échouer sur la plage. « J’ai vu un cadavre malheureusement, ça fait mal ! Je suis tellement choqué, j’en ai presque les larmes aux yeux. » Cette mère de famille a eu peur pour son fils, qui est parti à Ceuta sans la prévenir. « Ils sont jeunes, et dans un sens je les comprends. Je ne suis pas parvenue à trouver un logement digne, ni une vie digne. C’est pour ça que nos enfants partent là-bas, parce qu’on leur a menti sur la vie, on leur a menti sur l’avenir. »
Adam, un maroco-espagnol de 17 ans, a vu partir treize de ses amis, qui se trouvent toujours à Ceuta depuis deux semaines, raconte-t-il, une canne à pêche dans les mains. « Tous mes amis sont à Ceuta. Todos, todos… », dit-il, dans un mélange de français et d’espagnol. « Maintenant, je suis seul dans mon quartier. Ils étaient comme la famille pour moi, et maintenant les rues sont vides. »
Certes, cette présence policière n’est pas inhabituelle dans cette région du Maroc, mais cette fois elle est particulièrement importante. Dans ces conditions, il y a peu de chance qu’un nouveau franchissement collectif puisse aboutir, malgré les appels qui circulent sur les réseaux sociaux indiquant la date de demain 15 août.
