Dakar, 29 avril (SL-INFO) – Au Sénégal, la pauvreté ne frappe plus à la porte. Elle s’est bien installée dans les files d’attente. À l’approche de la Tabaski, les mairies se transforment en véritables scènes de pèlerinage social, où des milliers de citoyens viennent solliciter une aide devenue presque rituelle.
Au Complexe culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine, l’affluence est telle que les autorités ont dû mobiliser la police et le GMI pour contenir une marée humaine déjà installée avant l’aube. Certains ne rentrent plus chez eux, ils dorment sur place, convaincus que l’espoir obéit à l’ordre d’arrivée.
La scène a des airs de loterie sociale. Sauf que le billet est gratuit, et la perte déjà connue. Les mairies deviennent des guichets de survie, et la citoyenneté un ticket d’attente.
La police trace des barrières comme on trace des frontières entre la dignité et la nécessité.
Et pendant ce temps, ailleurs, une autre foule s’était déjà exercée à la même chorégraphie tragique, celle des jeunes massés devant une entreprise de cosmétiques, « Diodio Glow Skin », croyant qu’un clic TikTok pouvait ouvrir les portes de l’emploi. Là aussi, même scénario : espoir massif, réalité étroite, déception collective.
Le chômage n’a plus besoin de statistiques pour exister, il a des images virales.
Pourtant, les chiffres parlent avec la froideur des constats qu’on n’écoute plus. Un taux de chômage élargi qui oscille autour de 20 %. Des formations en hausse, mais des débouchés en pause.
Une jeunesse qualifiée sur papier, mais suspendue dans la file d’attente du réel.
Et dans ce pays où les discours sur l’avenir sont toujours en avance sur le présent, le « gorgorlou » reste fidèle à son poste : debout, plié par les prix, écrasé par les urgences, mais toujours en service minimum de survie.
Les politiques débattent de trajectoires, pendant que le quotidien, lui, ne connaît qu’une seule direction : tenir encore un peu.
