Dakar, 10 août (SL-INFO) – La trajectoire politique d’Ousmane Sonko est au cœur de la lecture que Boubacar Boris Diop fait de l’évolution de Pastef. Dans un entretien accordé à Impact SN, l’essayiste pense que le parti conserve une identité politique fondée sur le panafricanisme, la souveraineté et la moralisation de la vie publique.

Boubacar Boris Diop explique que plusieurs prises de parole de responsables de Pastef ont contribué à préciser cette orientation. Il cite notamment Ousmane Sonko et le député Guy Marius Sagna. « Je suis parti d’un constat très simple : à travers notamment les prises de parole de Sonko et de Guy Marius Sagna, Pastef est le seul parti formulant des propositions claires sur le panafricanisme, la souveraineté politique et économique, l’impératif d’une moralisation de la vie publique, entre autres questions majeures », affirme-t-il.

L’essayiste estime que les autres formations politiques ne proposent pas, selon lui, d’offre comparable sur ces questions. Il cite toutefois Tahirou Sarr, dont la position diffère de celle de Pastef qui « oppose systématiquement ‘nationalisme’ et ‘panafricanisme’ ».

Pour Boubacar Boris Diop, le débat politique ne peut pas se limiter aux critiques adressées au parti d’Ousmane Sonko. Il considère que ses adversaires doivent également présenter leurs propres propositions sur les questions de souveraineté et de politique économique.

Il établit un lien entre cette orientation politique et la crise qui oppose désormais les deux têtes de l’Exécutif. Selon lui, la fidélité d’Ousmane Sonko à ses engagements électoraux constitue l’un des facteurs de la crise au sommet de l’État.

« Même si nous savons bien que comparaison n’est pas raison, Sonko peut être tenu pour l’héritier de Cheikh Anta Diop, de Mamadou Dia et de tous ceux qui sous diverses bannières idéologiques se sont battus pour la libération, encore inachevée, de notre pays », affirme-t-il.

L’essayiste considère que la constance politique d’Ousmane Sonko constitue un élément important pour comprendre sa popularité. « Ce sont les individualités qui donnent corps à un projet politique et depuis bientôt trois années de Pastef au pouvoir, Sonko reste d’une remarquable fidélité à ses idées et principes et la crise au sommet de l’Etat s’explique en grande partie par sa détermination à respecter coûte que coûte ses engagements », poursuit-il.

Boubacar Boris Diop revient également sur les critiques formulées contre le leader de Pastef. Il évoque notamment ceux qui lui reprochent son attitude jugée arrogante. « Certains le jugent arrogant mais au Sénégal ne pas chercher à plaire à tout le monde est pour un homme public une immense qualité », déclare-t-il.

L’écrivain établit aussi un lien entre l’arrivée de Pastef au pouvoir et la question de l’intégrité personnelle des responsables politiques. Il rappelle que le parti avait fait de la lutte contre la corruption et de la moralisation de la vie publique des éléments importants de son discours.

Selon lui, Ousmane Sonko avait déjà été confronté à cette question avant son accession au pouvoir. Il rappelle qu’après son arrivée en troisième position à la présidentielle de 2019, son statut d’inspecteur des Impôts avait été utilisé dans les affrontements politiques qui l’opposaient au pouvoir de Macky Sall.

Boubacar Boris Diop considère que l’absence de faits établissant une mauvaise gestion dans son parcours professionnel a contribué à cette situation. Il évoque ensuite l’affaire de mœurs qui avait opposé Ousmane Sonko au pouvoir de l’époque.

L’auteur établit une comparaison avec Bassirou Diomaye Faye, lui aussi ancien inspecteur des Impôts et Domaines. « Même si ces histoires de fonds politiques et de Fondation des Premières dames sont assez troublantes, je reste convaincu que Diomaye et Sonko ont en commun de n’avoir jamais conçu la politique comme un moyen d’amasser une fortune personnelle », affirme-t-il.

Boubacar Boris Diop considère toutefois que certaines accusations sont trop graves pour être formulées sans précaution. Il estime que la question de la probité des responsables politiques doit rester distincte de leur fonction institutionnelle.

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