Dakar, 27 août (SL-INFO) – Dans un entretien paru ce jeudi dans L’Observateur, le secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), Mody Guiro, dénonce l’adoption récente des réformes du Code du travail et du Code de sécurité sociale. Et le changement qui suscite l’ire du responsable syndical est la possibilité pour un employeur d’étendre un CDD à quatre ans alors que, avant, celui-ci ne devait pas dépasser deux ans.
«Le Front pour La Défense de l’emploi s’était opposé à l’adoption de ces deux projets de loi à l’Assemblée nationale pour la simple raison qu’ils avaient fait l’objet de discussions approfondies au sein du Conseil consultatif national du travail, s’agace Mady Guiro. Ce Conseil a eu à se pencher sur les deux textes sur convocation du ministre du Travail. Après plus de deux ans de discussions, un consensus avait été trouvé sur les deux projets de loi. À notre grande surprise, en introduisant ces textes à l’Assemblée nationale, le gouvernement a procédé à des modifications sans en informer les partenaires sociaux que nous sommes.»
Mis devant le fait accompli, d’après le syndicaliste, ces derniers sont montés au front. «Nous avons pris le soin d’interpeller l’exécutif pour obtenir le contenu de ces modifications et nous concerter à nouveau au sein du Conseil consultatif, mais cela n’a pas été fait, pointe Guiro. Nous avons d’abord contesté la procédure, car il s’agit d’une violation flagrante de la consultation tripartite réglementée par la Convention 144 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Dès l’instant qu’il y a une consultation tripartite en amont ayant abouti à un consensus, le gouvernement n’avait pas à intervenir en opérant non pas des ajustements de forme, mais des modifications substantielles sur le fond.»
Le secrétaire général de la CNTS est d’autant plus opposé à la réforme qu’il considère que l’exposé des motifs est bidon. «L’argument avancé par le gouvernement, selon lequel cette réforme viserait à rendre notre économie compétitive ne tient pas la route. En Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée, au Niger, au Burkina Faso, au Bénin et au Tchad, les contrats de travail sont limités à deux ans au maximum, incluant le contrat initial et son renouvellement. Partout ailleurs, le CDD est strictement encadré. Notre Code du travail et celui de ces pays francophones d’Afrique s’inspirent traditionnellement de celui de la France. Ce sont les mêmes dispositions adaptées à nos réalités. Dans l’esprit de ces textes, le CDD est un contrat exceptionnel, [il] ne peut pas s’étendre sur quatre ans.»
