Dakar, 28 août (SL-INFO) – ​Les « Ndiaga Ndiaye », ces mythiques véhicules de transport en commun Mercedes blancs emblématiques de la région dakaroise, demeurent extrêmement prisés par les usagers des milieux populaires. Pourtant, leurs acteurs — chauffeurs et apprentis — y exercent leur métier dans des conditions d’une dureté extrême. Venus pour la plupart des régions de l’intérieur du pays, ils ont fait des garages dakarois leur lieu de travail mais aussi leur dortoir.

​Illustration au garage de Keur Massar, sous une pluie battante. Une vive altercation éclate entre l’apprenti d’un car prêt à partir et le chauffeur d’un autre « Ndiaga Ndiaye » qui lui barre la route. Après plusieurs minutes de tension ininterrompue, le chauffeur bloqué décide de percuter le véhicule gênant pour se frayer un chemin. Loin d’en rester là, le second chauffeur attend le moment de céder le passage pour lui restituer la politesse en heurtant à son tour le car. Autour d’eux, des eaux de pluie stagnantes et noircies par les ordures empêchent tout passager de descendre sous peine de patauger. Ce décor insalubre et ces heurts violents constituent le quotidien de ces travailleurs du volant.

Démission parentale et carence de l’État : le diagnostic des passagers

​Pour de nombreux témoins de la scène, la responsabilité des familles comme des pouvoirs publics est pleinement engagée. ​« C’est tout le temps le même scénario dans tous les garages et c’est dû au manque d’éducation des chauffeurs et apprentis qui, pour la plupart du temps, ne sont pas instruits et dont certains ont grandi sans leurs parents qui ont démissionné. Néanmoins, c’est mieux qu’ils soient au chômage, au risque de verser dans l’agression ou le banditisme », confie un passager.

Malgré cette précarité, ces cars relient quotidiennement les banlieues aux nœuds stratégiques de la capitale : École normale, Colobane, Mairie de Dakar, Ngor, Petersen ou encore Patte d’Oie.

​À la porte d’un car en partance pour l’École normale, sous un soleil de plomb, Ali, la vingtaine, sa pochette attachée à la taille et les cheveux commençant à s’entrecroiser en locks, scande inlassablement les arrêts : « Castor, Bourguiba, École normale ! ». Originaire de Nguékhokh, il ne rentre chez lui que pour les grandes fêtes. Il livre sans détour les coulisses de sa vie à bord : ​« Nous nous lavons sur le marchepied du car le matin de bonne heure ou le soir, on mange dans le car et on dort aussi dans le car. »

​L’intérieur du véhicule confirme ses propos : restes de riz au sol, vêtements sales abandonnés sur les sièges et résidus de spirales anti-moustiques. ​« Les chauffeurs peuvent souvent échanger leur rôle mais nous, nous sommes là tous les jours, parfois même étant malades », ajoute l’apprenti.

​Un de ses confrères, sous le couvert de l’anonymat, renchérit sur cette précarité sanitaire : ​« Souvent même, on fait nos besoins dans la forêt avec juste une bouteille d’eau. »

​Du côté des chauffeurs — pères de famille chevronnés ou jeunes conducteurs —, la résignation prime pour préserver ce « précieux emploi ». Aziz, chauffeur assurant la liaison vers Ouakam, exprime cette impuissance : ​« On n’a pas le choix, on est obligé de venir travailler tous les matins de bonne heure et de descendre tard le soir pour répéter le même scénario pendant des jours, dans des conditions extrêmement difficiles. Sinon, on risque de perdre notre gagne-pain. »

Le dilemme des passagers et l’urgence du renouvellement du parc

​Si le confort laisse à désirer — avec des strapontins rajoutés à l’entrée en pleine période de forte canicule pour entasser plus de passagers —, les clients continuent de plébisciter le « Ndiaga Ndiaye ». ​« Le trajet est plus rapide et le coût du transport est moins cher, c’est l’unique raison qui fait que j’emprunte les « Ndiaga Ndiaye » », explique Mamadou Diédhiou.

​Une autre passagère met en avant le nombre de places assises, supérieur à celui des bus Tata : ​« On se contente de ce confort par rapport aux bus dans lesquels on peut rester debout durant tout le trajet. »

​Face à ce constat chaotique, usagers et observateurs appellent l’État à agir. Les attentes s’articulent autour de la création d’écoles de formation pour les chauffeurs et receveurs, la décentralisation des entreprises régionales pour désengorger Dakar, et surtout le renouvellement effectif du parc automobile par des véhicules modernes, adaptés et sûrs.

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