Dakar, 13 août (SL-INFO) – Dans une affaire d’émigration irrégulière impliquant une soixantaine de candidats au voyage, les principaux organisateurs présumés, Baye Fall et Ndèye Fatou Diaw, se sont évaporés dans la nature. Leur fuite laisse derrière eux de lourds ennuis judiciaires pour S. P. Diouf, un marabout, et L. M. Diouf, un bailleur, tous deux poursuivis devant le tribunal pour complicité d’escroquerie. À la barre, les deux prévenus ont fermement nié toute implication, affirmant avoir été eux-mêmes manipulés et dupés par le couple de convoyeurs en fuite.
Tout a commencé lorsque Baye Fall s’est rendu chez le marabout S. P. Diouf pour solliciter des prières en vue d’un voyage. Il a ensuite dépêché Ndèye Fatou Diaw auprès du religieux pour récupérer des talismans. Profitant de cette rencontre, la dame a demandé au marabout s’il connaissait un logement à louer. S. P. Diouf l’a alors mise en relation avec L. M. Diouf, propriétaire d’une concession à Joal. Ce dernier a accepté de louer sa maison à Baye Fall pour la somme de 350 000 francs CFA.
Mais le bailleur était loin de se douter que la résidence allait rapidement se transformer en bunker secret pour près de 60 candidats à l’émigration clandestine, dans l’attente d’un embarquement imminenti en pirogue.
Le pot aux roses a été découvert lorsqu’une violente bagarre a éclaté à l’intérieur de la concession. Alertés par le voisinage, les éléments de la gendarmerie sont intervenus sur les lieux pour rétablir l’ordre. Dans la foulée, P. Sall, l’un des candidats au voyage, a déposé une plainte formelle contre le marabout et le propriétaire, les soupçonnant d’être chevilles ouvrières du réseau de convoyage.
À la barre, le bailleur a réfuté catégoriquement ces accusations, jurant qu’il ignorait tout de l’usage que Baye Fall comptait faire de son bien. La défense a toutefois apporté une nuance en révélant que L. M. Diouf envisageait lui-même d’embarquer pour l’Europe et qu’il avait accepté de mettre son logement à disposition des convoyeurs, prévoyant de solder le reliquat de son voyage une fois arrivé à destination.
De son côté, le marabout S. P. Diouf a reconnu avoir reçu Baye Fall pour des séances de prières, confirmant avoir perçu la somme de 300 000 francs CFA pour ses prestations mystiques. Quant au plaignant P. Sall, il a affirmé devant les juges avoir versé 500 000 francs CFA directement entre les mains de la fugitives Ndèye Fatou Diaw.
Lors des plaidoiries, les avocats des deux mis en cause ont vivement fustigé la tournure des poursuites. Me Abdoulaye Tall a soutenu que ses clients étaient « davantage des victimes que des complices », réclamant une relaxe pure et simple. Me Oumar Sène a, pour sa part, remis en cause la matérialité de la complicité : « En quoi le fait d’avoir fait des prières participe-t-il à la commission d’une escroquerie ? », s’est-il interrogé, plaidant l’absence totale d’infraction. Abondant dans le même sens, Me Elimane Kane a insisté sur le fait que les deux hommes ont été instrumentalisés par les véritables cerveaux de l’affaire, aujourd’hui introuvables.
Le tribunal a mis l’affaire en délibéré et rendra sa décision le mardi 18 août prochain.
