Dakar, 22 sept (SL-INFO) – L’intelligence artificielle générative s’impose progressivement comme un nouvel instrument de la guerre informationnelle au Mali, souligne une nouvelle étude du Timbuktu Institute, diffusée mercredi.
L’analyse de ce groupe de réflexion basé à Dakar estime que cette technologie contribue à accélérer la production de contenus de propagande, à amplifier leur diffusion et à rendre plus difficile la distinction entre information, fiction et désinformation.
Depuis 2012, le Mali fait face à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes, de leurs alliés indépendantistes touareg ainsi que de groupes criminels communautaires.
Ce pays sahélien dirigé par une junte s’est rapproché de la Russie, dont les paramilitaires de l’Africa Corps l’aident dans sa lutte antijihadiste.
« L’IA ne crée pas, encore, de nouvelles lignes de fracture au Mali, mais elle amplifie et accélère celles qui existent déjà qu’elles soient communautaires, idéologiques, géopolitiques etc… », note le rapport, qui présente le conflit malien comme un possible « laboratoire à ciel ouvert » des usages de l’intelligence artificielle dans les conflits.
Loin de constituer une technologie adoptée de manière uniforme, l’IA générative est mobilisée différemment selon les capacités, les ressources et les objectifs des acteurs, relève l’étude.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al Qaïda, apparaît comme l’acteur dont l’usage observable reste « encore limité ». Sa branche médiatique, Az-Zallaqa, a toutefois diffusé en juin 2026 des affiches générées par l’IA.
L’utilisation de l’IA apparaît davantage sur les réseaux affiliés au Front de libération de l’Azawad (FLA). Plusieurs comptes TikTok mettant en scène des personnages générés par IA, mais présentés comme réels, diffusent des messages favorables au FLA.
Pour le Timbuktu Institute, ces personnages permettent d' »humaniser » artificiellement une cause et de compliquer l’identification des véritables producteurs de contenus.
L’usage le plus sophistiqué est observé au niveau de la Russie et de l’Africa Corps. Le rapport rappelle que Meta et OpenAI avaient identifié en 2024 une opération russe utilisant des modèles d’IA pour produire des commentaires, des articles et des images en anglais et en français destinés à des audiences d’Afrique subsaharienne.
L’Africa Corps dispose, selon cette étude, de ressources et d’une expertise lui permettant d’intégrer l’IA dans des opérations informationnelles plus structurées, combinant contenus générés artificiellement, faux comptes et stratégies de diffusion.
Le principal défi, concluent les auteurs de l’étude, sera de réduire l’écart entre la sophistication croissante des outils d’intelligence artificielle et les capacités des populations à identifier les contenus fabriqués ou manipulés.
