Dakar, 13 juil (SL-INFO)-Lorsqu’un pays construit des écoles, modernise son système de santé, développe des réseaux d’eau potable ou renforce ses infrastructures rurales, le financement provient rarement d’une seule source. Aux côtés des recettes fiscales, des emprunts sur les marchés ou des banques de développement interviennent également des mécanismes destinés aux pays dont les capacités de financement restent limitées. Le plus important d’entre eux est l’Association internationale de développement (IDA), l’une des cinq institutions qui composent le Groupe de la Banque mondiale.
Créée en 1960, l’IDA a pour mission de soutenir les pays à faible revenu grâce à des prêts accordés à des conditions très avantageuses et à des dons. Contrairement aux financements levés sur les marchés financiers, ces ressources sont proposées avec des taux d’intérêt très faibles, voire nuls, ainsi que des périodes de remboursement particulièrement longues. Dans certains cas, les premiers remboursements n’interviennent qu’après plusieurs années, ce qui laisse aux États le temps de mettre en œuvre leurs projets avant de commencer à rembourser.
Cette différence est loin d’être anodine. Lorsqu’un État emprunte sur les marchés internationaux, il doit rémunérer les investisseurs en fonction du risque qu’ils perçoivent. Les pays les plus fragiles peuvent ainsi faire face à des taux d’intérêt supérieurs à 8 % ou 10 %, parfois davantage. À l’inverse, les financements de l’IDA sont conçus pour soutenir des investissements dont les retombées économiques ou sociales s’inscrivent dans le long terme, sans alourdir excessivement le poids de la dette.
L’Afrique concentre une part importante des interventions de l’institution. Sur les 78 pays actuellement éligibles aux financements de l’IDA, plus de la moitié se trouvent en Afrique subsaharienne. Au cours de l’exercice budgétaire 2024, cette région a reçu près des trois quarts des nouveaux engagements de l’Association, confirmant son statut de première zone d’intervention.
Les montants mobilisés donnent une idée de l’ampleur de son action. En décembre 2024, les pays donateurs et les actionnaires de la Banque mondiale ont conclu la vingt-et-unième reconstitution des ressources de l’IDA, connue sous le nom d’IDA21. Cette opération a permis de mobiliser un volume record de 100 milliards de dollars destiné à financer les interventions de l’institution sur la période 2025-2028. Il s’agit de la plus importante reconstitution depuis la création de l’Association il y a plus de soixante ans.
Ce mécanisme de reconstitution constitue l’une des caractéristiques de l’IDA. Tous les trois ans environ, les pays donateurs, rejoints par plusieurs pays émergents et par les ressources générées par les remboursements des anciens prêts, alimentent un nouveau cycle de financement. Ces ressources servent ensuite à financer les projets approuvés dans les pays éligibles.
Le Sénégal bénéficie régulièrement de ces financements. L’IDA accompagne des projets dans des secteurs aussi variés que l’éducation, l’agriculture, les infrastructures routières, l’accès à l’eau, la protection sociale ou encore la santé. Ces interventions représentent plusieurs milliards de dollars au fil des années. Selon les données de la Banque mondiale, le portefeuille actif de ses projets au Sénégal dépasse actuellement 4 milliards de dollars, dont une large partie est financée par l’IDA.
L’institution accorde également une place croissante aux enjeux climatiques. Lors de la reconstitution d’IDA21, près de la moitié des financements ont été orientés vers des projets contribuant à l’adaptation au changement climatique ou à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour de nombreux pays africains, cette évolution répond à une réalité économique autant qu’environnementale. Les épisodes de sécheresse, les inondations ou l’érosion côtière entraînent déjà des pertes importantes pour l’agriculture, les infrastructures et les finances publiques.
L’IDA intervient aussi dans des contextes marqués par des fragilités institutionnelles ou sécuritaires. Selon la Banque mondiale, près de 70 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté pourraient résider, d’ici 2030, dans des pays affectés par des conflits ou une forte fragilité. Une part importante des financements est désormais orientée vers ces situations où les investisseurs privés demeurent peu présents.
La distinction entre les différents types de financement mérite d’être soulignée. Un don ne donne lieu à aucun remboursement. Un prêt concessionnel doit être remboursé, mais selon des conditions beaucoup plus favorables que celles proposées sur les marchés. À l’inverse, un financement de marché repose sur les conditions fixées par les investisseurs, qui exigent une rémunération proportionnelle au risque qu’ils estiment supporter.
Cette différence influence directement la soutenabilité de la dette publique. Deux pays peuvent emprunter un montant identique, mais si l’un bénéficie de prêts concessionnels à très long terme tandis que l’autre emprunte à des taux élevés sur les marchés financiers, leurs charges de remboursement seront très différentes. C’est pourquoi le FMI et la Banque mondiale distinguent systématiquement la dette concessionnelle de la dette commerciale dans leurs analyses.
L’évolution récente des conditions financières internationales renforce encore le rôle de l’IDA. Depuis le resserrement des politiques monétaires engagé par les principales banques centrales à partir de 2022, les coûts d’emprunt ont augmenté dans la plupart des économies émergentes et en développement. Dans ce contexte, les financements concessionnels sont redevenus une ressource particulièrement recherchée par les pays à faible revenu.
L’Association internationale de développement occupe ainsi une place singulière dans l’architecture financière mondiale. Elle ne finance pas directement les entreprises comme l’IFC, n’intervient pas sur les marchés obligataires et ne se substitue pas aux banques commerciales. Sa mission consiste à fournir aux États les plus vulnérables des ressources compatibles avec leurs capacités de remboursement afin qu’ils puissent continuer à investir dans les infrastructures, le capital humain et la transformation de leur économie.
À l’heure où les besoins de financement du développement continuent d’augmenter, l’IDA demeure le premier bailleur multilatéral concessionnel au monde. Derrière les milliards de dollars mobilisés tous les trois ans se trouve une conviction qui guide son action depuis 1960 : certains investissements produisent des bénéfices économiques et sociaux si durables qu’ils justifient des conditions de financement qui échappent à la logique des marchés.
