Dakar, 14 avril (SL-INFO) – Ce qui ne devait être qu’un incident protocolaire lors du festival Pencum Niani à Koumpentoum a révélé une fracture profonde entre l’administration territoriale et les élus du parti PASTEF. Entre accusations de militantisme et rappels à l’ordre républicain, le différend opposant la préfète aux députés Moussa Mbaye et Awa Sow s’inscrit dans une série de précédents qui interrogent la neutralité de l’État dans le département.
Pour les observateurs locaux, ce clash n’est que le sommet de l’iceberg. Les députés de PASTEF et les responsables locaux du parti dénoncent une posture « partisane » de l’autorité administrative depuis l’alternance. Plusieurs griefs sont mis en avant pour illustrer ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire ».
L’incident a éclaté devant une tribune officielle médusée lorsque la préfète a exigé que les députés Moussa Mbaye et Awa Sow se lèvent à son arrivée ou quittent les lieux. Si l’autorité invoque le respect des symboles de l’État et le décret n°99-252 régissant les préséances, l’ex-députée Mame Diarra Fam a vigoureusement fustigé cette « prétention », rappelant que le député tire sa légitimité du suffrage universel direct. Pour les soutiens des parlementaires, cet acte d’expulsion est perçu comme une atteinte grave à la dignité des représentants du peuple.
Violation des textes à Payar : le Comité de Santé au centre du litige*
Conformément au décret portant Statut-Type des Comités de Développement Sanitaire (CDS), l’article 29 stipule que les membres du Secrétariat Exécutif doivent impérativement savoir lire et écrire pour garantir une gestion transparente. Or, à Payar, cette disposition aurait été bafouée.
« Alors qu’un premier comité régulier avait été installé par le sous-préfet, un second comité aurait été mis en place par l’adjoint au préfet, sur mission de la préfète, au profit d’un individu ne remplissant pas les critères d’alphabétisation », accusent les membres de PASTEF de la zone. Cette décision, favorisant un proche du maire (élu de l’APR), est dénoncée comme « une violation flagrante de la légalité administrative au mépris des règles de bonne gouvernance ».
Le cri du cœur de Mamadou Aliou Diallo
Mamadou Aliou Diallo, coordinateur de la JPS à Koumpentoum, dénonce un processus « biaisé » lors de l’assemblée générale du 27 février 2025. Il pointe du doigt l’interdiction d’accès imposée à des associations pourtant valablement reconnues comme « Xaley Niani ». Il fustige également l’usage de procurations non conformes, dépourvues de légalisation ou de cachet, ainsi que la désignation arbitraire des représentants du conseil municipal par le maire, au mépris de l’article 6 du décret des CDS. Selon lui, « c’est cette forfaiture, cet abus de pouvoir et ces irrégularités manifestes » qui ont conduit à son arrestation par la gendarmerie territoriale.
Lors des célébrations du 4 avril, les élus de la majorité dénoncent une mise à l’écart délibérée au profit de maires affiliés à l’opposition. Tant dans les réunions préparatoires que dans le protocole, les députés affirment avoir été invisibilisés, y voyant une instrumentalisation politique d’un événement censé incarner l’unité nationale.
Deux ans après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, le sentiment de continuité des pratiques de l’ancien régime domine chez les militants locaux. Le « clientélisme resterait intact » et les militants de PASTEF se disent « systématiquement écartés des programmes étatiques ».
« L’exemple le plus frappant concerne les Coopératives Productives Solidaires (CPS). Lancé par le Premier ministre Ousmane Sonko, ce projet suscite l’amertume car, à ce jour, aucune association n’aurait été validée par l’autorité préfectorale à Koumpentoum, bloquant ainsi le démarrage des activités économiques faute d’actes juridiques », fustigent-ils.
