Dakar, 03 juil (SL-NFO) – À huis clos, les auditions des quatre candidats à la succession de Louise Mushikiwabo ont probablement davantage rebattu les cartes qu’elles ne les ont figées.

Si aucun observateur sérieux ne se risque encore à prédire l’issue d’un scrutin qui ne sera tranché qu’en novembre par les chefs d’État et de gouvernement, plusieurs diplomates africains présents à la Conférence ministérielle de la Francophonie estiment néanmoins que la candidate mauritanienne, Dr Coumba Bâ, est sortie des échanges avec un capital politique renforcé.

Loin des effets de tribune, son intervention aurait surtout convaincu par sa fine compréhension des attentes des états membres et gouvernements, sa sobriété et sa capacité à tenir une posture politique intéressante sans chercher la confrontation. Là où certains candidats ont multiplié les annonces ou les propositions spectaculaires, la Mauritanienne aurait privilégié une démonstration de méthode, centrée sur la gouvernance, la réforme institutionnelle et le repositionnement stratégique de la dimension multilatérale de l’OIF.

Selon plusieurs diplomates ayant assisté aux auditions, cette approche correspond précisément aux attentes d’une partie importante des États membres. « Beaucoup recherchent aujourd’hui moins une personnalité charismatique qu’une dirigeante capable de rassembler », résume l’un d’eux. « La Francophonie a besoin aujourd’hui plus que jamais besoin d’une figure non clivante » ajoute-t-il. 

Cette perception semble d’autant plus significative que l’exercice des auditions favorisait davantage la crédibilité que les déclarations d’intention. Les questions des ministres ont porté autant sur la capacité de gestion que sur la vision politique, les modalités de financement des réformes ou encore le positionnement de l’organisation face aux fractures géopolitiques actuelles.

À cet égard, plusieurs observateurs estiment que Coumba Bâ a su éviter deux écueils : celui d’une rupture frontale avec le bilan de l’organisation, tout comme celui d’une simple défense du statu quo. Son discours s’est inscrit dans une logique de continuité réformatrice, proposant une Francophonie davantage orientée vers les résultats, la jeunesse, le numérique, la culture, le rayonnement du français, l’économie et la prévention des crises.

Cette posture pourrait lui permettre d’élargir progressivement son socle de soutien au-delà de son cercle naturel.

Face à elle, Louise Mushikiwabo conserve évidemment des atouts considérables. Son expérience à la tête de l’organisation, sa connaissance des mécanismes internes et les réseaux qu’elle a construits depuis huit ans en font une candidate naturellement solide. Son bilan pourrait convaincre certains États, notamment parmi ceux attachés à la stabilité institutionnelle. Même si celle ci doit se faire par un troisième mandat qui a tout même mal à passer, selon des indiscrétions à Paris. 

Mais certains diplomates reconnaissent également que l’ouverture de cette première véritable compétition change profondément la dynamique. Dans un scrutin désormais ouvert, l’autorité de la fonction ne garantit plus automatiquement la reconduction de son titulaire.

Les auditions semblent ainsi avoir mis en lumière une réalité nouvelle : la campagne ne se résume plus à une opposition entre continuité et alternance. Elle porte désormais sur la capacité des candidats à rassembler des espaces politiques très différents au sein d’une Francophonie traversée par les crises internationales, les tensions régionales et des attentes croissantes en matière d’efficacité.

C’est précisément sur ce terrain que la candidature mauritanienne paraît avoir marqué des points.

Plusieurs diplomates africains interrogés estiment que Dr Coumba Bâ apparaît aujourd’hui comme la personnalité susceptible de construire le plus large compromis entre les différentes sensibilités de l’espace francophone. Sa proximité avec les réalités africaines, son expérience des mécanismes multilatéraux et un positionnement jugé équilibré sur les principaux dossiers internationaux renforcent cette perception.

Il serait néanmoins prématuré d’en tirer une conclusion définitive.

D’ici au Sommet de Siem Reap, les équilibres diplomatiques continueront d’évoluer au gré des consultations bilatérales, des arbitrages politiques et des stratégies des capitales. Les auditions n’étaient qu’une étape, certes importante, mais pas décisive.

Une chose semble toutefois ressortir de cette première séquence : alors que beaucoup voyaient encore il y a quelques semaines la course se jouer principalement autour de la secrétaire générale sortante, la candidature de Coumba Bâ est désormais considérée, par plusieurs diplomates présents à Paris, comme l’une des plus sérieuses pour conduire la prochaine étape de la Francophonie.

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