Dakar, 14 juil (SL-INFO)-Quelques jours après la fin de la participation du Sénégal à la Coupe du monde 2026, le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Abdoulaye Fall, a tenu une conférence de presse vérité. Durant ce face-à-face exhaustif avec les journalistes, le patron de l’instance fédérale a abordé sans détour tous les dossiers chauds : la rupture douloureuse avec le sélectionneur Pape Thiaw, les graves accusations de harcèlement visant le cuisinier, les dysfonctionnements internes logistiques, ainsi que les rumeurs persistantes sur sa gestion financière et le voyage de ses proches.
Voici le récapitulatif complet de ses déclarations.
1. Le cas Pape Thiaw : Les coulisses financières et contractuelles d’une rupture
Abdoulaye Fall est revenu en détail sur la fin de sa collaboration avec le sélectionneur national Pape Thiaw, balayant l’idée d’un conflit personnel : « Pape Thiaw, c’est mon frère. Notre relation ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons travaillé ensemble durant la CAN et nous avons remporté le trophée. »
Les négociations contractuelles, entamées dès le 25 février, ont cependant achoppé sur les exigences financières et la répartition des rôles avec l’État, principal payeur : « Je lui ai même demandé d’en discuter avec Madame la ministre des Sports, puisque c’est l’État qui prend en charge la rémunération du sélectionneur. »
Malgré une médiation du président de la République — qui avait validé une rémunération mensuelle globale de 30 millions de francs CFA (« En réalité, Pape Thiaw percevait un salaire de 20 millions de francs CFA auquel s’ajoutait une prime de 10 millions ») —, le désaccord s’est cristallisé autour des objectifs sportifs : « Les objectifs avaient été fixés sur instruction du ministère. Il ne voulait pas les accepter tout en souhaitant percevoir les avantages financiers prévus. »
Cette tension prolongée a fini par provoquer une crise humaine irrémédiable au sein du staff : « Pape Thiaw n’avait plus confiance en nous. Il y avait une véritable rupture de confiance, et cela se voyait dans son comportement. »
2. L’affaire du chef cuisinier aux États-Unis : La thèse du « malentendu culturel »
Interpellé sur l’incident impliquant le cuisinier de la sélection, accusé de comportement inapproprié envers une employée de restaurant prénommée Marta, Abdoulaye Fall a assuré avoir réagi dès qu’il a été informé à Mexico : « C’est le secrétaire général qui m’a informé de la situation. Je lui ai immédiatement demandé d’aller échanger avec le chef cuisinier afin de comprendre exactement ce qui s’était passé. »
Le président de la FSF a confirmé l’intervention de la police américaine, tout en affirmant qu’aucune plainte de la fédération n’avait été formalisée : « Nous avons pleinement collaboré avec les autorités. »
Il a enfin apporté un soutien appuyé au cuisinier de l’équipe : « C’est un homme que je respecte énormément. Je ne peux pas imaginer qu’il ait eu un comportement correspondant aux accusations qui ont été portées contre lui. »
3. Logistique, vols sans repas et hébergement : Les révélations d’un fiasco
Le président de la FSF a également dressé la liste des défaillances organisationnelles majeures aux États-Unis, à commencer par le staff médical. Il a justifié l’arrivée tardive d’un médecin venant de France en raison d’une découverte inattendue sur le médecin alors en poste : « J’ai découvert tardivement que le docteur Faye est gynécologue de formation. Avec les retours que nous avons eus, certains joueurs n’étaient pas totalement rassurés. Il fallait leur offrir une expertise qui inspire davantage confiance. »
Abdoulaye Fall a fustigé l’absence de programme de préparation de la part du staff technique, mais également les choix d’hôtels imposés par le sélectionneur au détriment des options initiales de la FSF : « Lorsqu’on est arrivés sur place, j’ai été moi-même découragé. Il n’y avait même pas d’armoires dans les chambres, les bagages étaient posés à l’entrée. Ce n’était pas du tout adapté à une équipe nationale. »
Concernant les vols intérieurs éprouvants (notamment un trajet San Antonio – New Jersey sans aucun repas pour les joueurs), le président a dégagé la responsabilité de la Fédération, rappelant que ce volet dépendait directement du ministère de tutelle.
4. Sécurité renforcée et « campagne de désinformation »
Abdoulaye Fall s’est indigné face aux rumeurs qui ont couru sur de supposées dérives ou intrusions au sein du camp de base des joueurs, insistant sur le fait que la sécurité de la délégation était hermétique : « Il y avait un premier rideau de sécurité autour de l’hôtel. On ne pouvait pas y accéder sans badge. Même les autres clients de l’hôtel empruntaient un circuit différent de celui réservé à l’équipe nationale. » « À la sortie de chaque ascenseur, il y avait des contrôles de la FIFA. Il était impossible d’accéder aux étages sans badge. »
Profondément blessé par ces allégations, il a annoncé son intention de saisir la justice pour laver l’honneur de la sélection : « Je ne sais pas comment on peut imaginer de telles choses dans l’environnement de l’équipe nationale. C’est un manque de respect envers les athlètes, mais aussi envers les dirigeants de la Fédération sénégalaise de football. » « L’image du Sénégal est ternie, tout comme celle de la Fédération sénégalaise de football. Il faut prendre des mesures. Ce qui se passe n’est ni sincère ni honnête. »
5. Les dessous du retour chaotique : Blocages bancaires et Independence Day
Le calvaire du rapatriement des Lions s’explique, selon le président, par des obstacles administratifs et financiers indépendants de la FSF, lors de l’envoi des fonds par le ministère des Sports : « La société qui devait affréter le vol spécial a rencontré des problèmes de transactions avec les États-Unis. Les banques avaient des difficultés à valider les virements. »
Face au blocage, M. Fall a directement sollicité le sommet de l’État : « J’ai pris contact avec le Premier ministre, que je remercie pour son assistance. Il a échangé avec les responsables concernés afin que les banques puissent exécuter les virements et que les preuves de paiement soient transmises à la société chargée des avions. »
Cependant, le calendrier des démarches a compliqué la tâche des autorités : « Les démarches ont été engagées un vendredi soir. Avec le décalage horaire, certaines opérations ne pouvaient être traitées qu’au petit matin aux États-Unis. Le lendemain correspondait à l’Independence Day, un jour férié, puis est venu le week-end, ce qui a encore retardé la procédure. »
6. Présence de sa famille et polémique sur les primes : La mise au point d’Abdoulaye Fall
Visé par de vives critiques concernant le voyage de ses proches à bord de l’appareil transportant la délégation, le président de la FSF a assumé ses choix tout en garantissant le confort des athlètes : « J’ai voyagé avec ma femme et mes enfants dans le vol spécial. Mes enfants vivent aux États-Unis. J’ai voulu qu’on les retrouve pour qu’on passe la Tabaski ensemble en famille. Il y avait 287 places dans l’avion. Nous avons donné toutes les places business aux joueurs. Et nous nous sommes installés derrière. »
Il a rappelé que cette pratique n’avait rien d’inédit dans son parcours : « J’ai toujours voyagé avec ma famille. En Égypte, au Cameroun, à Singapour, en Côte d’Ivoire. »
Abdoulaye Fall a également tenu à clarifier sa situation financière personnelle et les indemnités reçues durant son mandat, réfutant toute dépendance vis-à-vis des fonds de la FSF : « Je n’ai pas perçu de primes, sauf la prime de la Présidence et les 19 millions. Sinon, depuis que je suis là, je n’ai pas perçu de primes. » « En toute modestie, j’ai été le fonctionnaire le mieux payé dans ce pays. Il y a des choses que je peux faire moi-même. Je ne compte pas sur la Fédération. »
7. Des réformes indispensables : « Je ne fuis jamais mes responsabilités »
Conscient de la nécessité de tirer les leçons de cette campagne mouvementée, le patron de la FSF a promis une réorganisation structurelle de l’instance ainsi que de l’encadrement des Lions :« Je ne fuis jamais mes responsabilités. Il faut faire face. Toutes les mesures qui doivent être prises le seront. Vous verrez d’autres changements, aussi bien au niveau de l’attelage technique que dans le fonctionnement même de la Fédération. »
