Dakar, 02 mars (SL-INFO) – C’est bien plus qu’un livre qui a été présenté ce samedi 28 février 2026. C’est une conversation, un diagnostic, une déclaration d’amour complexe à une ville qui ne cesse de se réinventer. Fruit d’une collaboration entre le Collège Universitaire d’Architecture de Dakar (CUAD) et les éditions Vives Voix, « Dakar Traces et Horizons » est un ouvrage collectif ambitieux qui, en 348 pages, tente de répondre à une question aussi simple que vertigineuse : qu’est-ce que Dakar ?
Vingt-neuf contributeurs, architectes, urbanistes, écrivains et artistes, ont été réunis pour composer ce portrait polyphonique. Loin d’être un simple recueil académique, l’ouvrage se veut un véritable outil d’aide à la décision, une boussole pour les pouvoirs publics et les aménageurs confrontés aux défis monumentaux de la capitale : croissance démographique explosive, pression foncière, mobilité asphyxiée et sauvegarde d’un patrimoine menacé.
Marcher la ville pour la comprendre
La genèse du projet est profondément ancrée dans la pédagogie du CUAD, comme l’a rappelé l’architecte Mamadou Jean Charles. Pour lui, on ne peut construire sans une connaissance intime du lieu. « Dans un atelier d’urbanisme, un architecte ne peut pas construire sans savoir où il construit », a-t-il martelé. Cette philosophie se traduit par une approche singulière : l’apprentissage par la marche. « Les ateliers d’Annie, c’est d’abord des ateliers de marche », a-t-il confié, évoquant ces excursions où les étudiants arpentent la ville à pied pour en saisir les rythmes, les textures et les fractures. Une immersion sensorielle complétée par une maxime essentielle à l’atelier patrimoine : « Quand tu ne sais pas où tu vas, au moins, sache d’où tu viens. »
Le dialogue des générations
Cette volonté de croiser les regards est au cœur de la structure éditoriale, conçue par Vieux Savané et Baba Diop. Le livre s’articule en trois temps – « Poétique d’une ville », « Les ateliers du patrimoine du CUAD » et « Horizons » – pour faire dialoguer trois générations.
Celle qui a connu le Dakar de Senghor et Diouf, porteuse d’une « sévérité » née de la nostalgie d’une ville qu’elle a vu se transformer. Une génération intermédiaire, au « regard moins exigeant », qui a embrassé une cité « faite pour qu’on y vive libre ». Et enfin, la jeunesse, « d’une modernité absolue », qui assume pleinement les nouvelles réalités et envisage Dakar comme une « ville monde, ouverte à tout le monde ».
Un objet d’art pensé comme une symphonie
Le directeur artistique, Pascal Nampemanla Traoré, a partagé les secrets de la conception visuelle, se décrivant comme un « chef d’orchestre de l’image ». Après des débats passionnés, le bleu s’est imposé pour la couverture. « Pourquoi le bleu ? Parce que Dakar est entourée par l’océan, et le ciel est toujours présent. » Chaque page a été pensée pour créer un rythme, une musique visuelle. « Dans un livre, c’est comme dans un groupe musical : il y a des moments de tension, des moments de calme. Quand on regarde ce livre, on doit pouvoir sentir ces moments. »
Au final, « Dakar Traces et Horizons » dépasse son statut de beau livre. Comme l’a résumé Baba Diop, « ce livre ne parle pas de Dakar. Ce livre pose une question : qu’est-ce qu’une ville ? ». Une interrogation cruciale à l’heure où la capitale sénégalaise, à la croisée des chemins, doit inventer son futur sans renier les traces de son passé
