Dakar, 07 avril (SL-INFO) – Le débat sur le rapatriement des objets d’art africains conservés en Europe s’apprête à franchir une nouvelle étape institutionnelle. Alors que l’Assemblée nationale française doit examiner la semaine prochaine un projet de loi-cadre censé régir ces retours, des voix s’élèvent pour nuancer l’enthousiasme autour de cette initiative. Lors d’une rencontre académique organisée à Dakar, les limites de cette démarche unilatérale ont été mises en évidence.

C’est à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), dans le cadre des Grandes conférences du patrimoine et de l’archéologie tenues en partenariat avec l’Unesco, que la question a été décortiquée. Franck Komlan Ogou, directeur de l’École du patrimoine africain (EPA), y a dressé un constat de déséquilibre. Selon les éléments de l’Agence de presse sénégalaise (APS) relayés par Sud Quotidien, le spécialiste béninois estime que les pays africains partent « en position défavorable » dans ces tractations, la France détenant les objets depuis plus d’un siècle et dictant par conséquent le rythme des procédures.

L’inquiétude majeure soulevée lors de cette conférence porte sur la classification des œuvres éligibles au retour. Le projet français prévoit de restreindre les restitutions aux seuls objets considérés comme des « butins de guerre ». Une catégorisation que Franck Komlan Ogou juge problématique en raison de son flou juridique. Il s’interroge sur les critères exacts qui permettront de définir si une pièce relève ou non d’une prise militaire, appelant les États africains à une grande vigilance face aux dispositions qui sortiront du Parlement français.

Malgré ces réserves, l’expert invite à une approche pragmatique. Il souligne que l’objectif n’est pas d’exiger le retour exhaustif de tous les objets présents sur le sol français, mais de cibler les pièces emblématiques et rituelles indispensables aux pratiques culturelles des communautés d’origine. À titre d’exemple, il a révélé que le Bénin a récemment soumis une nouvelle liste d’œuvres réclamées à Paris. Les autorités béninoises espèrent l’ouverture prochaine de discussions pour recouvrer l’accès libre à ces symboles majeurs de leur tradition.

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