Dakar, 20 avril (SL-INFO) – Halimatou Dia, sociologue des arts et de la culture, fondatrice de Haleema, détaille les ambitions de Creative F, un programme dédié à la formation et à l’autonomisation économique des femmes. Entre numérique, entrepreneuriat et leadership, elle plaide pour une approche inclusive, notamment en faveur des femmes rurales, encore largement en marge de la transformation digitale.

Parlez-nous du programme Creative F ?

Haleema étant une entreprise située à la croisée des industries culturelles et créatives, du numérique, de l’agroécologie et de l’entrepreneuriat féminin, c’est dans ce cadre que j’ai récemment lancé le projet Creative F, dédié à la formation des femmes dans plusieurs métiers, notamment le numérique, les industries culturelles et créatives, ainsi que la transformation agroalimentaire. Creative F est un programme national structurant d’autonomisation économique des femmes.

Quels sont les résultats attendus à court et à long terme ?

Notre ambition est de faire émerger une génération de femmes leaders, productrices, innovantes et financièrement autonomes. Concrètement, nous visons la formation de 5 000 femmes à l’échelle nationale, la structuration de chaînes de valeur féminines régionales et la mise en place d’un réseau national de femmes leaders productrices sur une période de trois ans. Nous sommes ouverts à toutes les formes de collaboration : avec l’État, le secteur privé ou les ONG. Étant donné l’envergure nationale du programme, les partenariats sont essentiels pour atteindre nos objectifs.

Pourquoi avoir choisi Tivaouane pour le lancement du programme ?

Au-delà de l’ancrage personnel, puisque je suis originaire de Tivaouane, les femmes de cette localité disposent d’un fort potentiel entrepreneurial. Elles sont dynamiques, mais manquent souvent de structuration et d’accompagnement. C’est donc un point de départ logique pour impulser une dynamique solide.

Comment Creative F contribue-t-il à l’autonomisation économique et au leadership féminin ?

Le programme met un accent particulier sur le leadership féminin, à travers des formations en développement personnel, en leadership et en personal branding. L’objectif est d’aider les femmes à s’affirmer, à révéler leur potentiel et à renforcer leur capacité à diriger et entreprendre.

Quels profils de femmes sont ciblés par le programme ?

Le programme est ouvert à une grande diversité de profils : entrepreneures, commerçantes, ménagères, etc., principalement âgées de 18 à 35 ans. Le principal critère reste la motivation à se former et à mettre en pratique les compétences acquises.

Quelle place occupe le numérique dans Creative F ?

Le numérique est un axe central du programme. Nous formons les femmes aux métiers du digital, au marketing numérique, à l’entrepreneuriat digital et à l’intelligence artificielle. Nous allons également initier des jeunes filles à des domaines comme la robotique, l’Internet des objets et l’impression 3D. L’innovation est au cœur de notre démarche.

Quels sont les principaux défis liés au numérique pour les femmes ?

Le principal défi reste le manque de compréhension des bases du numérique. Il y a un besoin urgent de sensibilisation, mais surtout de formation pratique. Sans cela, les discours sur l’intelligence artificielle ou la transformation digitale restent abstraits.

Quelles solutions proposez-vous pour combler le déficit de compétences numériques ?

Il faut aller au-delà de la sensibilisation et investir dans la formation, notamment à travers des centres dédiés aux métiers du numérique. Il faut également développer des solutions accessibles et adaptées aux contextes locaux.

Comment éviter que les femmes rurales soient exclues de la transformation digitale ?

Au contraire, elles doivent être prioritaires. Elles ont un énorme potentiel. Par exemple, dans l’élevage, des outils numériques simples peuvent leur permettre de mieux gérer leurs activités. Il faut aller vers elles, les former et adapter les solutions à leurs réalités.

Comment percevez-vous la place des femmes dans les sphères décisionnelles aujourd’hui ?

Les femmes restent encore sous-représentées, notamment dans le numérique. Pour y remédier, il est indispensable de renforcer leurs compétences. C’est la clé pour qu’elles puissent s’imposer et occuper pleinement leur place.

Le cadre juridique actuel favorise-t-il cette participation ?

Il existe des avancées, comme la parité, mais dans la pratique, elle reste limitée à certains espaces comme l’Assemblée nationale du Sénégal. Dans les entreprises, elle est encore insuffisamment respectée. Il faut donc renforcer l’application des lois et améliorer les conditions des femmes.

Un mot sur l’accès à Internet et la transformation numérique au Sénégal ?

Des progrès sont en cours, notamment en matière d’accès à Internet au Sénégal. Mais il subsiste encore des défis liés aux infrastructures et aux ressources. La transformation digitale est en marche, mais elle demandera du temps et des efforts soutenus.

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