Dakar, 20 août (SL-INFO) – « La société sénégalaise vit des situations dramatiques liées aux décès maternels, aux infanticides, avortement à risque, emprisonnement. Il s’agit là de véritables ravages qui gangrènent la vie des populations et portent particulièrement atteinte aux droits des femmes », a d’emblée fait savoir la juriste et membre de la Task Force qu’est le comité de plaidoyer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste, Ndèye Madjiguéne Sarr. Elle s’exprimait ainsi lors de l’atelier de mise à niveau sur le plaidoyer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste et si la santé de la mère est en danger, organisé par l’Association des journalistes en Santé, Population et Développement (AJSPD) en collaboration avec MSI Reproductive Choices Sénégal.
Selon elle, lorsque pour une raison ou pour une autre la femme se retrouve porteuse d’une grossesse non désirée issue d’un viol ou d’un inceste elle est désemparée, elle ne trouve d’autres solutions pour mettre un terme à cette grossesse que de recourir à des avortements dangereux, clandestins.
« Cet ultime recours, la fait basculer ainsi dans la criminalité par la pratique de l’infanticide qui devient de plus en plus récurrente. Ces femmes pourtant victimes de la société sont condamnées à des peines allant de 5 à 10 ans selon les dispositions de l’article 285 du code pénal », enseigne-t-elle.
« Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg »
Ainsi, elle a donné les chiffres de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) du Ministère de la Santé et de l’Action sociale sur les avortements. Un cumul de 34.079 avortements a été constaté en 2020 au Sénégal. Dakar enregistre le nombre le plus élevé avec 6.948 cas, suivie de Thiès (5.390) et Diourbel (3.704).
Par ailleurs, selon les statistiques disponibles, 24% des femmes détenues en novembre 2021 étaient incarcérées pour infanticide et 25% pour avortement.
« Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui, il est nécessaire de mener des actions plus exhaustives, mais aussi de sensibiliser les communautés, les familles. Il faut en effet revenir sur la question des violences, en particulier des violences sexuelles. La loi criminalisant le viol et la pédophilie existe, mais elle a également besoin d’être accompagnée. C’est tout ce travail que mène le comité de plaidoyer à savoir favoriser l’accès à la justice, mais aussi faire bénéficier les victimes de viols et d’inceste de certains principes reconnus par les conventions internationales ou régionales », a expliqué Ndeye Madjiguéne Sarr.
