Dakar, 6 août (SL-INFO) – Lorsqu’une personne fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol, beaucoup imaginent qu’une sorte de police mondiale est chargée de la retrouver et de l’arrêter. La réalité est tout autre. Interpol ne dispose ni d’agents chargés de mener des enquêtes sur le terrain, ni de pouvoir d’arrestation, ni de compétence judiciaire propre. Son rôle est d’une autre nature. L’organisation facilite la coopération entre les services de police de ses pays membres afin que les informations circulent rapidement lorsqu’une enquête dépasse les frontières nationales.

​Créée en 1923 et installée à Lyon, en France, Interpol rassemble aujourd’hui 196 pays membres, ce qui en fait la plus vaste organisation mondiale de coopération policière. Chaque État y conserve l’entière responsabilité de ses enquêtes, de ses poursuites judiciaires et de ses arrestations. Interpol n’intervient jamais à la place des autorités nationales.

​Son principal outil est l’échange d’informations. Selon Interpol, son réseau sécurisé de communication, baptisé I-24/7, relie les services de police des 196 pays membres et permet de consulter ou de transmettre en temps réel des informations relatives à des personnes recherchées, des documents de voyage volés, des véhicules, des armes à feu, des empreintes digitales, des profils ADN ou encore des œuvres d’art dérobées.

​L’organisation administre également plusieurs bases de données internationales. Selon Interpol, celles-ci contiennent aujourd’hui plus de 140 millions d’enregistrements consultés des milliards de fois chaque année par les services de police, les autorités chargées des contrôles aux frontières et certaines administrations spécialisées. Ces informations permettent par exemple de vérifier si un passeport présenté à un poste-frontière a été déclaré volé dans un autre pays ou si un véhicule recherché circule sous une nouvelle immatriculation.

​Les fameuses notices constituent un autre pilier de son activité. La plus connue est la notice rouge, souvent présentée à tort comme un mandat d’arrêt international. En réalité, il s’agit d’une demande adressée aux États membres afin qu’ils localisent une personne recherchée en vue d’une éventuelle arrestation provisoire, dans le respect de leur propre législation. Chaque pays reste libre de décider des suites à donner à cette demande.

​Interpol diffuse plusieurs autres catégories de notices. Les notices bleues servent à recueillir des informations sur une personne, les notices jaunes concernent notamment les personnes disparues, tandis que les notices noires permettent d’identifier des corps non identifiés. Il existe également des notices orange pour signaler un danger imminent, des notices vertes concernant certaines personnes susceptibles de représenter une menace dans plusieurs pays, ainsi que des notices violettes destinées à partager des informations sur les modes opératoires utilisés par des organisations criminelles.

​L’organisation joue un rôle de plus en plus actif dans la lutte contre la criminalité financière. Le blanchiment de capitaux, les escroqueries en ligne, les rançongiciels, la fraude bancaire, les cryptoactifs utilisés à des fins criminelles ou encore la cybercriminalité mobilisent désormais une part croissante de ses moyens. Selon Interpol, les pertes liées aux cyberescroqueries se chiffrent aujourd’hui en centaines de milliards de dollars à l’échelle mondiale, ce qui explique le renforcement de la coopération entre les services spécialisés.

​L’Afrique participe pleinement à ce dispositif. Les 54 pays africains membres disposent chacun d’un Bureau central national, généralement rattaché aux services de police ou aux ministères de l’Intérieur. Ces bureaux assurent la liaison permanente avec le secrétariat général d’Interpol et avec les autres États membres lorsqu’une enquête présente une dimension internationale.

​Le Sénégal accueille d’ailleurs l’un de ces Bureaux centraux nationaux. Les autorités sénégalaises collaborent régulièrement avec Interpol dans des dossiers liés au trafic de stupéfiants, à la traite des êtres humains, au terrorisme, à la cybercriminalité ou encore aux trafics de véhicules volés. Ces échanges permettent d’obtenir rapidement des informations provenant d’autres juridictions sans devoir engager de longues procédures diplomatiques.

​Interpol organise également des opérations internationales ciblées. En 2024, l’opération Serengeti, conduite dans plusieurs pays africains avec le soutien d’Afripol, a conduit, selon Interpol, à l’arrestation de plus de 1 000 personnes soupçonnées d’être impliquées dans des réseaux de cybercriminalité et à l’identification de milliers de victimes de fraudes numériques. L’organisation coordonne aussi des opérations contre le trafic de médicaments falsifiés, le commerce illicite d’espèces protégées, le trafic d’armes ou les réseaux de passeurs.

​Son champ d’action reste toutefois strictly encadré. La Constitution d’Interpol interdit à l’organisation d’intervenir dans les affaires présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial. Cette règle vise à préserver sa neutralité et à éviter que les mécanismes de coopération policière ne soient utilisés pour poursuivre des opposants politiques ou servir des intérêts étrangers à la lutte contre la criminalité de droit commun.

​Cette neutralité fait néanmoins l’objet d’une vigilance constante. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé, ces dernières années, des tentatives d’utilisation abusive des notices rouges par certains États. Interpol a renforcé ses procédures de contrôle et dispose désormais d’une Commission de contrôle des fichiers, chargée d’examiner les recours présentés par les personnes estimant avoir été inscrites à tort dans ses bases de données.

​Interpol ne ressemble donc pas à une police internationale dotée de pouvoirs opérationnels. Son efficacité repose sur un autre mécanisme. En facilitant la circulation rapide d’informations entre près de deux cents pays, l’organisation permet aux enquêtes de suivre les réseaux criminels lorsqu’ils franchissent les frontières. Dans un contexte où la criminalité organisée, les flux financiers illicites et la cybercriminalité se mondialisent, cette coopération est devenue un élément incontournable de la sécurité internationale.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *