Dakar, 24 août (SL-INFO) – Au Sénégal, le recours aux charlatans, très répandu dans toutes les couches de la société, expose particulièrement les femmes à des violences sexuelles, à des escroqueries et, dans les cas les plus extrêmes, à la mort.
Dans les quartiers, les villages et jusque dans les grandes villes, les charlatans continuent d’attirer une clientèle hétéroclite. Jeunes et vieux, hommes et femmes, diplômés à la recherche d’un emploi, personnes en quête de mariage, sportifs désireux de gagner des compétitions ou encore acteurs politiques en quête de popularité, tous peuvent franchir la porte d’un marabout pour solliciter des prières, des bains mystiques, des gris-gris ou d’autres pratiques censées résoudre leurs problèmes.
Mais derrière certaines promesses de guérison, de réussite ou de protection se cachent des pratiques extrêmement dangereuses. Les femmes sont régulièrement présentées comme les principales victimes de ces dérives. Plusieurs affaires judiciaires rapportées au fil des années illustrent les méthodes utilisées par certains individus pour exploiter la vulnérabilité de leurs clientes. Des victimes dépouillées au nom du mystique, aux prières transformées en agressions sexuelles, jusqu’aux vies perdues dans la quête du bonheur, la liste des victimes du charlatanisme est loin d’être exhaustive.
Au tribunal de grande instance de Mbour, une affaire d’abus sexuel présumé avait opposé une femme à un charlatan. Venue solliciter ses services pour des prières en vue de favoriser son mariage, la plaignante avait dénoncé des pratiques qu’elle jugeait particulièrement déplacées. À la barre, la jeune dame avait déclaré que le charlatan avait profité de la séance de prières pour introduire ses doigts dans ses parties intimes. Des faits qui avaient conduit la victime présumée à déposer une plainte contre le praticien.
À Guédiawaye, une femme mariée, venue solliciter des prières pour son époux vivant à l’étranger, avait accusé un charlatan de l’avoir endormie avant d’abuser sexuellement d’elle. La victime avait découvert plusieurs mois plus tard qu’elle était enceinte de sept mois. Le mis en cause, qui niait les faits, avait finalement été déféré au parquet après son arrestation. Plusieurs autres femmes s’étaient également manifestées, sans toutefois porter plainte, craignant les menaces dont elles auraient fait l’objet.
À Rufisque, une autre affaire avait impliqué Daly Bâ, accusé par une femme mariée d’avoir abusé d’elle alors qu’elle était venue chercher des prières pour consolider son mariage. Selon le récit de la plaignante, le charlatan lui aurait fait perdre connaissance à l’aide d’une substance avant de l’agresser sexuellement. Une autre femme s’était également présentée aux enquêteurs pour dénoncer des propositions sexuelles qu’elle aurait reçues du même homme.
À Saly, l’affaire Adama Kandji avait également défrayé la chronique. Le faux marabout faisait croire à ses patientes qu’elles étaient possédées par des esprits invisibles et que des attouchements ou des rapports sexuels constituaient le remède à leurs maux. Son procédé consistait notamment à recueillir des renseignements sur ses victimes auprès de voisins ou de commerçants avant de se présenter à leur domicile.
Le phénomène ne se limite pas aux violences sexuelles. Des clients ont également été escroqués à coups de millions de francs CFA au nom de prétendus rituels.
Mohamed F., alias Oustaz Fall, avait ainsi été condamné pour charlatanisme et escroquerie après avoir soutiré plusieurs millions à une femme qui souhaitait agir mystiquement contre sa coépouse. La victime avait affirmé avoir perdu connaissance après avoir utilisé les produits qui lui avaient été remis par le prévenu. Le tribunal avait finalement condamné ce dernier à une peine d’un mois ferme et au paiement de quatre millions de francs CFA à la partie civile.
Plus récemment, Mame Bara Niane, dit « Deff Guiss », avait été arrêté à la suite d’une plainte pour escroquerie et charlatanisme. Son client, qui vivait aux États-Unis, lui aurait versé au total plus de 14 millions de francs CFA pour des soins, des bains mystiques et des rituels censés lui permettre de recouvrer la santé et d’accéder à la richesse.
Le plus tragique reste toutefois lorsque ces pratiques occultes conduisent à la mort.
Le Sénégal se souvient notamment de Lobé Ndiaye, retrouvée morte en juillet 2021 à proximité de l’autoroute à péage, non loin du CICAD de Diamniadio. La vendeuse de pièces détachées s’était rendue chez un féticheur malien à Thiaroye Azur dans le cadre d’une séance de prières. Selon les éléments rapportés, elle aurait été tuée à coups de pilon. La piste d’un sacrifice avait alors été privilégiée.
À Joal, une autre affaire avait particulièrement marqué les esprits. En août 2017, le corps de Ndèye Lissa Diop avait été découvert dans un état de putréfaction avancé, dissimulé dans un buisson. La victime s’était rendue chez le féticheur Moussa Condé pour un bain mystique. Celui-ci avait reconnu lui avoir asséné un coup de bâton après un différend portant sur le paiement de la prestation. Le drame s’était soldé par la mort de la victime. Le rapport médico-légal avait notamment relevé un traumatisme crânien et des hémorragies consécutives à des blessures à la tête.
Toujours dans la Petite-Côte, le meurtre de la jeune commerçante Ramata Camara avait également défrayé la chronique. La jeune femme, vendeuse de prêt-à-porter, avait été retrouvée morte dans la forêt du village de Nguérigne, dans le département de Mbour. Son corps avait été découvert enveloppé dans un sachet. Selon les éléments rapportés dans le cadre de l’enquête, les soupçons s’étaient notamment portés sur le marabout chez qui la défunte s’était rendue pour prendre un bain mystique dans la nuit au cours de laquelle elle a trouvé la mort. Les investigations avaient ainsi placé ce dernier au centre de l’affaire, suscitant une vive émotion dans la localité.
Le meurtre de la jeune élève Ndèye Bigué Sène, poignardée à mort après avoir sollicité les services d’un charlatan pour des prières liées à ses examens, vient s’ajouter à une longue série d’affaires sordides impliquant des pratiques occultes.
Ces différentes affaires montrent ainsi les dangers auxquels peuvent être exposées les personnes qui, dans des moments de fragilité, se tournent vers des praticiens prétendant détenir des pouvoirs mystiques. Entre escroqueries, abus sexuels, manipulations et violences physiques, certaines promesses de miracles peuvent se transformer en véritables tragédies.
