Dakar, 14 avril (SL-INFO) – Mourad Zeghidi, l’ancien journaliste foot de Canal+, risque trois ans et demi de prison pour blanchiment et évasion fiscale. Mais ce sont ses propos dans une émission politique qui l’ont envoyé en prison depuis mai 2024.

Ce mardi, Mourad Zeghidi, journaliste franco-tunisien de 53 ans, passera devant la cour d’appel du tribunal de Tunis alors qu’il encourt une peine de trois ans et demi de prison pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. Ce n’est pourtant pas pour cette infraction que l’ancien journaliste de Canal+ a été arrêté en mai 2024, au lendemain d’une émission radio traitant de sujets politiques.

Ses propos n’avaient guère plu en haut lieu dans un pays où le pouvoir se radicalise sur la liberté d’expression. Après avoir quitté Canal+, où il s’occupait notamment du foot italien, Zeghidi était retourné dans son pays natal pour poursuivre ses activités médiatiques. Il a été arrêté avec deux autres intervenants de ce talk-show, dont une avocate, puis placé en détention pour des propos « portant atteinte » à l’image du pays.

Alors qu’il devait sortir en janvier 2025 après huit mois d’emprisonnement, peine purgée, un mandat d’arrêt a été déposé contre lui pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. Placé sous le régime de la loi antiterroriste, il a vu toutes ses demandes de libération refusées avant d’être condamné le 26 janvier dernier à trois ans et demi de prison. « Mais c’est un dossier vide, disent tous les avocats, explique Yesmine, sa fille aînée de 24 ans. C’est quelque chose qui a été ajouté ensuite à la première condamnation. Il était censé être libéré en janvier 2025 mais avant sa sortie, on lui remet tout ça. »

Un choc brutal pour Zeghidi et sa famille. Depuis des mois, ses deux filles se relaient donc pour les visites. Inès, la plus petite, a été contrainte de prendre une année de césure dans son master pour s’installer à Tunis. « Moi je commençais une alternance, ce n’était pas possible, poursuit Yesmine. Pour nous, c’est hyper compliqué. Les visites, c’est 15 minutes. On est quatre à y aller avec la soeur de mon père et sa tante. On doit lui faire aussi à manger trois fois par semaine. La logistique est très lourde car il faut faire une grosse quantité. » De la nourriture qu’il partage avec ses trois codétenus.

« On a du mal à voir la fin, à comprendre cet acharnement », Yesmine Zeghidi, fille aînée de Mourad Zeghidi

S’il avait pris la première condamnation avec un certain recul, ce n’est pas le cas aujourd’hui. « Les huit premiers mois, on trouvait ça long, lui le premier, mais on pensait tous qu’il sortirait après, poursuit Yesmine. Il était combatif. Aujourd’hui, on se dit qu’on ne va pas s’en sortir facilement. En détention provisoire, mon père a voulu croire qu’il allait prouver son innocence. Mais trois ans et demi de plus, tout s’écroule… Il y a donc des hauts et des bas depuis. On a du mal à voir la fin, à comprendre cet acharnement. On peut comprendre le premier message : si vous critiquez certaines choses dans le pays, vous serez puni. Mais là, il faut le lâcher… Parmi les deux chroniqueurs, une de ses collègues avocate, alors qu’elle est sortie, vient d’être à nouveau condamnée à un an et demi de prison dans un autre procès. Il lui avait été reproché la première fois d’avoir défendu les migrants sur le plateau. »

Mourad Zeghidi et sa famille espèrent désormais – si le procès n’est pas reporté, ce qui arrive parfois dans ces affaires – la fin de leur cauchemar.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *