Dakar, 18 sept (SL-INFO) – Le Sénégal touche du doigt un tournant historique dans la lutte contre le paludisme. Après plus de trente ans de bataille acharnée, le pays bascule officiellement de la phase de contrôle vers celle de l’élimination définitive de la maladie. Mais cette dernière ligne droite a un prix : 150 milliards de francs CFA sur cinq ans, soit un effort annuel de 30 milliards. Une enveloppe colossale dont 97 % restent encore à mobiliser.

Intervenant lors d’un panel dédié, le Pr Aliou Thiongane, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), s’est félicité des progrès enregistrés. L’incidence est passée de 23 cas pour 1 000 habitants en 2024 à environ 13 en 2025, tandis que le nombre de décès a été divisé par deux sur la même période, chutant de 314 à 155.

Aujourd’hui, 73 des 79 districts sanitaires du pays, soit 92 %, se trouvent en phase de pré-élimination. Ces résultats découlent de trois décennies d’efforts combinant chimio-prévention, distribution de moustiquaires imprégnées, dépistage et gratuité de la prise en charge.

La cartographie épidémiologique montre toutefois une réalité à deux visages. Une dizaine de districts du Nord affichent désormais une incidence inférieure à un cas pour 1 000 habitants. À l’inverse, dans le Sud-Est, le district de Saraya enregistre des pics pouvant atteindre 500 cas pour 1 000 habitants, un niveau critique alimenté par la forte pluviométrie, l’enclavement et la position frontalière avec le Mali et la Guinée. 

Cette disparité impose un changement radical d’approche : le Sénégal doit abandonner la lutte de masse pour adopter une logique d’investigation au cas par cas et de réponse ciblée.

Si la vision technique est claire, l’écueil budgétaire menace l’échéance de 2030. Le Dr Mamadou Moustapha Diop, directeur de la Lutte contre la maladie, rappelle que la quasi-totalité des fonds reste à trouver. Pour réussir ce pari, le ministère de la Santé compte intensifier son plaidoyer auprès du gouvernement, de l’Assemblée nationale, du secteur privé et des partenaires internationaux afin de sécuriser les financements et consolider définitivement les acquis.

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