Dakar, 1er sept (SL-INFO) – La sardinelle, ressource essentielle pour la sécurité alimentaire et l’économie de millions de personnes en Afrique de l’Ouest, se trouve dans une situation alarmante. Face à la surexploitation, à la surcapacité de pêche, à la pression croissante des usines de farine de poisson et aux effets du changement climatique, experts et acteurs du secteur maritime plaident pour une réponse commune et urgente entre les pays partageant cette ressource.

​La situation de la sardinelle suscite de vives inquiétudes. Selon les données disponibles, les captures globales ont chuté de 58 % au cours de la dernière décennie, tandis que le stock de sardinelle ronde aurait enregistré un effondrement dramatique de 83 % en dix ans. Les évaluations du COPACE/FAO de 2024 font état d’une biomasse particulièrement faible, désormais insuffisante pour assurer une reproduction biologique normale.

​Pour le Dr Ndiaga Gueye, ancien directeur des Pêches du Sénégal et ancien fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la ressource subit une pression inquiétante : « La sardinelle, qui est une ressource emblématique partagée par de nombreux pays de la sous-région, du Maroc jusqu’au sud de la Guinée-Bissau, est dans une situation d’exploitation très alarmante », avertit-il.

​La particularité de la sardinelle réside dans sa nature migratoire. Circulant activement entre les ZEE de la Mauritanie, du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée-Bissau, elle échappe aux régulations isolées. « La sardinelle ne connaît pas de frontière. Le poisson pêché aujourd’hui en Mauritanie peut se retrouver demain au Sénégal, en Gambie ou en Guinée-Bissau », souligne Gaoussou Gueye, président de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA).

​Cette réalité impose d’abandonner les gestions nationales exclusives au profit d’une gouvernance sous-régionale concertée : partage des données scientifiques, harmonisation des réglementations, synchronisation des périodes de repos biologique et renforcement du suivi, du contrôle et de la surveillance (SCS).

​Le Dr Ndiaga Gueye rappelle d’ailleurs que le repos biologique perd de son efficacité s’il n’est pas appliqué de manière uniforme : « Un repos biologique à l’échelle d’un seul pays ne peut pas produire les effets escomptés. »

​Sur la question controversée de la transformation industrielle en farine de poisson, l’ancien directeur des Pêches appelle à dépasser les raccourcis : « Il ne faut pas simplifier les choses », prévient-il, rappelant que ces usines s’approvisionnent également auprès des débarquements de la pêche artisanale.

Les ménages sénégalais en première ligne

​Une disparition du stock de sardinelle entraînerait une crise sociale et nutritionnelle majeure. Poisson populaire et bon marché, la sardinelle constitue le pilier de la ration protéique des foyers sénégalais. « Si la sardinelle disparaît, ce sont les ménages qui vont le plus souffrir », alerte le Dr Ndiaga Gueye, rappelant que les petits pélagiques sont avant tout une garantie de souveraineté alimentaire avant d’être des produits d’exportation.

Des commissions mixtes pour garantir la transparence

​Pour structurer cette gouvernance transfrontalière, la CAOPA préconise le renforcement des commissions mixtes réunissant les acteurs de la filière. Toutefois, leur réussite repose sur un accès garanti aux données clés : accords de pêche, licences accordées, liste des navires autorisés, captures effectives et identité des bénéficiaires réels des sociétés mixtes.

​« Sans ces informations, il est impossible de vérifier les engagements, de mesurer la pression réelle sur la ressource ou d’assurer un partage équitable », martèle Gaoussou Gueye, qui réclame également une intégration systématique des pêcheurs, mareyeurs et femmes transformatrices dans les instances décisionnelles.

​Enfin, les professionnels appellent les médias à jouer un rôle de relais pédagogique. « Ce sont les journalistes qui peuvent, s’ils s’approprient les messages des scientifiques et des gestionnaires, les traduire dans un langage accessible au grand public », conclut le Dr Ndiaga Gueye.

​La survie de la sardinelle dépend désormais d’une action sous-régionale coordonnée, avant qu’une richesse partagée ne se transforme en désastre écologique et économique global.

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